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Molière - L'Avare
MAITRE JACQUES Mais à qui des deux le premier ?
HARPAGON Au cuisinier.
MAITRE JACQUES Attendez donc, s'il vous plaît. (Il ôte sa casaque de cocher et paraît vêtu en cuisinier.)
HARPAGON Quelle diantre de cérémonie est ce là ?
MAITRE JACQUES Vous n'avez qu'à parler.
HARPAGON Je me suis engagé, maître Jacques, à donner ce soir à souper.
MAITRE JACQUES Grande merveille !
HARPAGON Dis-moi un peu, nous feras-tu bonne chère ?
MAITRE JACQUES Oui, Si vous me donnez bien de l'argent.
HARPAGON Que diable ! toujours de l'argent ! Il semble qu'ils n'aient autre chose à dire : de l'argent, de l'argent, de l'argent ! Ah ! ils n'ont que ce mot à la bouche, de l'argent ! Toujours parler d'argent ! Voilà leur épée de chevet, de l'argent !
VALERE Je n'ai jamais vu de réponse plus impertinente que celle-là. Voilà une belle merveille que de faire bonne chère avec bien de l'argent ! C'est une chose la plus aisée du monde, et il n'y a si pauvre esprit qui n'en fît bien autant ; mais, pour agir en habile homme, il faut parler de faire bonne chère avec peu d'argent.
MAITRE JACQUES Bonne chère avec peu d'argent ?
VALERE Oui.
MAITRE JACQUES Par ma foi, monsieur l'intendant, vous nous obligerez de nous faire voir ce secret, et de prendre mon office de cuisinier : aussi bien vous mêlez-vous céans d'être le factoton.
HARPAGON Taisez-vous. Qu'est-ce qu'il nous faudra ?
MAITRE JACQUES
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