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Molière - L'Avare
HARPAGON Est-il possible ?
FROSINE II faudra vous assommer, vous dis-je, et vous mettrez en terre et vos enfants et les enfants de vos enfants.
HARPAGON Tant mieux ! Comment va notre affaire ?
FROSINE Faut-il le demander ? et me voit-on mêler de rien dont je ne vienne à bout ? J'ai surtout pour les mariages un talent merveilleux. Il n'est point de parti au monde que je ne trouve en peu de temps le moyen d'accoupler, et je crois, si je me l'étais mis en tête, que je marierais le Grand Turc avec la République de Venise. Il n'y avait pas sans doute de si grandes difficultés à cette affaire-ci. Comme j'ai commerce chez elles, je les ai à fond l'une et l'autre entretenues de vous, et j'ai dit à la mère le dessein que vous aviez conçu pour Mariane, à la voir passer dans la rue et prendre l'air à sa fenêtre.
HARPAGON Qui a fait réponse...
FROSINE Elle a reçu la proposition avec joie ; et, quand je lui ai témoigné que vous souhaitiez fort que sa fille assistât ce soir au contrat de mariage qui se doit faire de la vôtre, elle y a consenti sans peine et me l'a confiée pour cela.
HARPAGON C'est que je suis obligé, Frosine, de donner à souper au seigneur Anselme, et je serai bien aise qu'elle soit du régal.
FROSINE Vous avez raison. Elle doit, après dîner, rendre visite à votre fille, d'ou elle fait son compte d'aller faire un tour à la foire, pour venir ensuite au souper.
HARPAGON Eh bien ! elles iront ensemble dans mon carrosse que je leur prêterai.
FROSINE Voilà justement son affaire.
HARPAGON Mais, Frosine, as-tu entretenu la mère touchant le bien qu'elle peut donner à sa fille ? Lui as-tu dit qu'il fallait qu'elle s'aidât un peu, qu'elle fît quelque effort, qu'elle se saignât pour une occasion comme celle-ci ? Car encore n'épouse-t-on point une fille sans qu'elle apporte quelque chose.
FROSINE Comment ! C'est une fille qui vous apportera douze mille livres de rente.
HARPAGON Douze mille livres de rente ?
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