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Molière - L'Avare
malgracieux des hommes, m'a chassé dehors malgré moi, et j'ai couru le risque d'être battu.
CLEANTE Comment va notre affaire ? Les choses pressent plus que jamais, et, depuis que je ne t'ai vu, j'ai découvert que mon père est mon rival.
LA FLECHE Votre père amoureux ?
CLEANTE Oui ! et j'ai eu toutes les peines du monde à lui cacher le trouble où cette nouvelle m'a mis.
LA FLECHE Lui, se mêler d'aimer ? De quoi diable s'avise-t-il ? Se moque-t-il du monde ? et l'amour a-t-il été fait pour des gens bâtis comme lui ?
CLEANTE Il a fallu, pour mes péchés, que cette passion lui soit venue en tête.
LA FLECHE Mais par quelle raison lui faire un mystère de votre amour ?
CLEANTE Pour lui donner moins de soupçon, et me conserver au besoin des ouvertures plus aisées pour détourner ce mariage. Quelle réponse t'a-t-on faite ?
LA FLECHE Ma foi, monsieur, ceux qui empruntent sont bien malheureux, et il faut essuyer d'étranges choses lorsqu'on en est réduit à passer, comme vous, par les mains des fesse-mathieux.
CLEANTE L'affaire ne se fera point ?
LA FLECHE Pardonnez-moi. Notre maître Simon, le courtier qu'on nous a donné, homme agissant et plein de zèle, dit qu'il a fait rage pour vous, et il assure que votre seule physionomie lui a gagné le coeur.
CLEANTE J'aurai les quinze mille francs que je demande ?
LA FLECHE Oui, mais à quelques petites conditions qu'il faudra que vous acceptiez, si vous avez dessein que les choses se fassent.
CLEANTE T'a-t-il fait parler à celui qui doit prêter l'argent ?
LA FLECHE Ah ! vraiment, cela ne va pas de la sorte. Il apporte encore plus de soin à se cacher que vous, et ce sont des mystères bien plus grands que vous ne pensez. On ne veut point du tout dire son nom, et l'on doit aujourd'hui l'aboucher avec vous dans une maison empruntée, pour être instruit par votre bouche de votre
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