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Molière - L'Avare
Ah ! il n'y a pas de réplique à cela, on le sait bien. Qui diantre peut aller là-contre ? Ce n'est pas qu'il n'y ait quantité de pères qui aimeraient mieux ménager la satisfaction de leurs filles que l'argent qu'ils pourraient donner ; qui ne les voudraient point sacrifier à l'intérêt et chercheraient, plus que toute autre chose, à mettre dans un mariage cette douce conformité qui sans cesse y maintient l'honneur, la tranquillité et la joie, et que...
HARPAGON Sans dot !
VALERE Il est vrai. Cela ferme la bouche à tout. Sans dot ! Le moyen de résister à une raison comme celle-là !
HARPAGON , à part, regardant vers le jardin Ouais ! Il me semble que j'entends un chien qui aboie. N'est-ce point qu'on en voudrait à mon argent ? (A Valère.) Ne bougez, je reviens tout à l'heure. (Il sort.)
ELISE Vous moquez-vous, Valère, de lui parler comme vous faites ?
VALERE C'est pour ne point l'aigrir et pour en venir mieux à bout. Heurter de front ses sentiments est le moyen de tout gâter, et il y a de certains esprits qu'il ne faut prendre qu'en biaisant, des tempéraments ennemis de toute résistance, des naturels rétifs, que la vérité fait cabrer, qui toujours se raidissent contre le droit chemin de la raison, et qu'on ne mène qu'en tournant où l'on veut les conduire. Faites semblant de consentir à ce qu'il veut, vous en viendrez mieux à vos fins, et...
ELISE Mais ce mariage, Valère ?
VALERE On cherchera des biais pour le rompre.
ELISE Mais quelle invention trouver, s'il se doit conclure ce soir ?
VALERE Il faut demander un délai et feindre quelque maladie.
ELISE Mais on découvrira la feinte si l'on appelle des médecins.
VALERE Vous moquez-vous ? Y connaissent-ils quelque chose ? Allez, allez, vous pourrez avec eux avoir quel mal il vous plaira, ils vous trouveront des raisons pour vous dire d'où cela vient.
HARPAGON , à part, rentrant Ce n'est rien, Dieu merci.
VALERE Enfin notre dernier recours, c'est que la fuite nous peut mettre à couvert de tout ; et, si votre amour, belle
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