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Molière - L'Avare

ELISE
Ces sont des choses...

HARPAGON
J'en aurais bon besoin.

CLEANTE
Je pense que...

HARPAGON
Cela m'accommoderait fort.

ELISE
Vous êtes...

HARPAGON
Et je ne me plaindrais pas, comme je le fais, que le temps est misérable.

CLEANTE
Mon Dieu, mon père, vous n'avez pas lieu de vous plaindre et l'on sait que vous avez assez de bien.

HARPAGON
Comment ! j'ai assez de bien ? Ceux qui le disent en ont menti. Il n'y a rien de plus faux, et ce sont des
coquins qui font courir tous ces bruits-là.

ELISE
Ne vous mettez point en colère.

HARPAGON
Cela est étrange que mes propres enfants me trahissent et deviennent mes ennemis.

CLEANTE
Est-ce être votre ennemi que de dire que vous avez du bien ?

HARPAGON
Oui. De pareils discours et les dépenses que vous faites seront cause qu'un de ces jours on me viendra
chez moi couper la gorge, dans la pensée que je suis tout cousu de pistoles.

CLEANTE
Quelle grande dépense est-ce que je fais ?

HARPAGON
Quelle ? Est-il rien de plus scandaleux que ce somptueux équipage que vous promenez par la ville ? Je
querellais hier votre soeur, mais c'est encore pis. Voilà qui crie vengeance au ciel ; et, à vous prendre

depuis les pieds jusqu'à la tête, il y aurait là de quoi faire une bonne constitution. Je vous l'ai dit vingt

fois, mon fils, toutes vos manières me déplaisent fort : vous donnez furieusement dans le marquis, et pour

aller ainsi vêtu, il faut bien que vous me dérobiez.

CLEANTE
Hé ! comment vous dérober ?

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