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Molière - L'Avare

HARPAGON
Ah ! Ah !

LA FLECHE
, lui montrant une des poches de son justaucorps Tenez, voilà encore une poche. Etes-vous satisfait?

HARPAGON
Allons, rends-le-moi sans te fouiller.

LA FLECHE
Quoi?

HARPAGON
Ce que tu m as pris.

LA FLECHE
Je ne vous ai rien pris du tout.

HARPAGON
Assurément ?

LA FLECHE
Assurément.

HARPAGON
Adieu. Va-t-en à tous les diables.

LA FLECHE
Me voilà fort bien congédié.

HARPAGON
Je te le mets sur ta conscience au moins ! Voilà un pendard de valet qui m'incommode fort, et je ne me
plais point à voir ce chien de boiteux-là.

SCENE IV - HARPAGON, ELISE, CLEANTE.

HARPAGON
Certes ce n'est pas une petite peine que de garder chez soi une grande somme d'argent, et bien heureux
qui a tout son fait bien placé et ne conserve seulement que ce qu'il faut pour sa dépense. On n'est pas peu

embarrassé à inventer dans toute une maison une cache fidèle : car, pour moi, les coffres-forts me sont

suspects, et je ne veux jamais m'y fier. Je les tiens justement une franche amorce à voleurs, et c'est

toujours la première chose que l'on va attaquer. Cependant, je ne sais si j'aurai bien fait d'avoir enterré

dans mon jardin dix mille écus qu'on me rendit hier. Dix mille écus en or chez soi est une somme assez...

(Ici le frère et la soeur paraissent, s'entretenant bas.) O ciel! je me serai trahi moi-même. La chaleur

m'aura emporté, et je crois que j'ai parlé haut en raisonnant tout seul... Qu'est-ce ?

CLEANTE
Rien, mon père.

HARPAGON
Y a-t-il longtemps que vous êtes là ?

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