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Molière - Dom Juan, ou le festin de pierre
(Il sort.)
SCÈNE V - D. JUAN, SGANARELLE.
D. JUAN
Eh, mourez le plûtost que vous pourrez, c'est le mieux que vous puissiez faire. Il faut que chacun ait son tour, et j'enrage de voir des peres qui vivent autant que leurs fils.
(Il se met dans son fauteüil.)
SGANARELLE
Ah, Monsieur, vous avez tort.
D. JUAN
J'ay tort ?
SGANARELLE
Monsieur...
D. JUAN
se leve de son siege.
J'ay tort ?
SGANARELLE
Oüy, Monsieur, vous avez tort d'avoir souffert ce qu'il vous a dit, et vous le deviez mettre dehors par les épaules. A-t-on jamais rien veu de plus impertinent ? un pere venir faire des remontrances à son fils, et luy dire de corriger ses actions, de se ressouvenir de sa naissance, de mener une vie d'honneste homme, et cent autres sottises de pareille nature. Cela se peut-il souffrir à un homme comme vous, qui sçavez comme il faut vivre ? J'admire votre patience, et si j'avois esté en vostre place, je l'aurois envoyé promener. O complaisance maudite, à quoy me reduis-tu !
D. JUAN
Me fera-t-on souper bien-tost ?
SCÈNE VI - D. JUAN, D. ELVIRE, RAGOTIN, SGANARELLE.
RAGOTIN
Monsieur, voicy une Dame voilée qui vient vous parler.
D. JUAN
Que pourroit-ce estre ?
SGANARELLE
Il faut voir.
D. ELVIRE
Ne soyez point surpris, D. Juan, de me voir à cette heure et dans cét équipage. C'est un motif pressant qui m'oblige à cette visite, et ce que j'ay à vous dire ne veut point du tout de retardement. Je ne viens point icy pleine de ce couroux que j'ay tantost fait éclater, et vous me voyez bien changée de ce que j'estois ce matin. Ce n'est plus cette D. Elvire qui faisoit des voeux contre vous, et dont l'ame irritée ne jettoit que menaces, et ne respiroit que vangeance. Le Ciel a banny de mon ame toutes ces indignes ardeurs que je
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