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Molière - Dom Juan, ou le festin de pierre
charge de tout le soin de nostre honneur, je sçay à quoy il nous oblige, et cette suspension d'un jour que ma reconnoissance luy demande, ne fera qu'augmenter l'ardeur que j'ay de le satisfaire. D. Juan, vous voyez que j'ay soin de vous rendre le bien que j'ay receu de vous, et vous devez par là juger du reste, croire que je m'acquite avec mesme chaleur de ce que je dois, et que je ne seray pas moins exact à vous payer l'injure que le bien-fait. Je ne veux point vous obliger icy à expliquer vos sentimens, et je vous donne la liberté de penser à loisir aux resolutions que vous avez à prendre. Vous connoissez assez la grandeur de l'offence que vous nous avez faite, et je vous fais juge vous mesme des reparations qu'elle demande. Il est des moyens doux pour nous satisfaire ; il en est de violens et de sanglans ; mais enfin, quelque choix que vous fassiez, vous m'avez donné parole de me faire faire raison par D. Juan, songez à me la faire, je vous prie, et vous ressouvenez que hors d'icy je ne dois plus qu'à mon honneur.
D. JUAN
Je n'ay rien exigé de vous, et vous tiendray ce que j'ay promis.
D. CARLOS
Allons, mon frere, un moment de douceur ne fait aucune injure à la severité de nostre devoir.
SCÈNE V. D. JUAN, SGANARELLE.
D. JUAN
Hola, hé, Sganarelle.
SGANARELLE
Plaist-il ?
D. JUAN
Comment, coquin, tu fuis quand on m'attaque ?
SGANARELLE
Pardonnez-moy, Monsieur, je viens seulement d'icy prés, je croy que cet habit est purgatif, et que c'est prendre medecine que de le porter.
D. JUAN
Peste soit l'insolent, couvre au moins ta poltronnerie d'un voile plus honneste, sçais-tu bien qui est celuy à qui j'ay sauvé la vie ?
SGANARELLE
Moy ? non.
D. JUAN
C'est un frere d'Elvire.
SGANARELLE
Un...
D. JUAN
Il est assez honneste homme, il en a bien usé, et j'ay regret d'avoir démêlé avec luy.
SGANARELLE
Il vous seroit aisé de pacifier toutes choses.
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