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Molière - Dom Juan, ou le festin de pierre
D. JUAN
Il ne se peut donc pas que tu ne sois bien à ton aise ?
LE PAUVRE. Helas, Monsieur, je suis dans la plus grande necessité du monde.
D. JUAN
Tu te moques, un homme qui prie le Ciel tout le jour ne peut pas manquer d'estre bien dans ses affaires.
LE PAUVRE. Je vous asseure, Monsieur, que le plus souvent je n'ay pas un morceau de pain à mettre sous les dents.
D. JUAN
[Voila qui est étrange, et tu es bien mal reconnu de tes soins ; ah ah, je m'en vais te donner un Louis d'or tout à l'heure pourveu que tu veuilles jurer.
LE PAUVRE. Ah, Monsieur, voudriez-vous que je commisse un tel péché ?
D. JUAN
Tu n'as qu'à voir si tu veux gagner un Louis d'or ou non, en voici un que je te donne si tu jures, tiens il faut jurer.
LE PAUVRE. Monsieur.
D. JUAN
A moins de cela tu ne l'auras pas.
SGANARELLE
Va, va, jure un peu, il n'y a pas de mal.
D. JUAN
Prens, le voila, prens te dis-je, mais jure donc.
LE PAUVRE. Non Monsieur, j'ayme mieux mourir de faim.
D. JUAN
Va va,] je te le donne pour l'amour de l'humanité. Mais que voy-je là, un homme attaqué par trois autres ? la partie est trop inégale, et je ne dois pas souffrir cette lascheté.
(Il court au lieu du combat.)
SCÈNE III - D. JUAN, D. CARLOS, SGANARELLE.
SGANARELLE
Mon Maître est un vray enragé d'aller se presenter à un peril qui ne le cherche pas, mais, ma foy, le secours a servy, et les deux ont fait fuir les trois.
D. CARLOS
l'épée à la main.
On voit par la fuite de ces voleurs de quel secours est vostre bras, souffrez, Monsieur, que je vous rende grace d'une action si genereuse, et que...
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