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Molière - Dom Juan, ou le festin de pierre
qu'elle veut ! je veux frapper des mains, hausser le bras, lever les yeux au Ciel, baisser la teste, remuer les pieds, aller à droit, à gauche, en avant, en arriere, tourner...
(Il se laisse tomber en tournant.)
D. JUAN
Bon voila ton raisonnement qui a le nez cassé.
SGANARELLE
Morbleu, je suis bien sot de m'amuser à raisonner avec vous ; croyez ce que vous voudrez, il m'importe bien que vous soyez damné !
D. JUAN
Mais tout en raisonnant, je croy que nous sommes égarez ; appelle un peu cét homme que voila là-bas, pour luy demander le chemin.
SGANARELLE
Hola, ho, l'homme ; ho, mon compere, ho l'amy, un petit mot, s'il vous plaist.
SCÈNE II - D. JUAN, SGANARELLE, FRANCISQUE.
SGANARELLE
Enseignez-nous un peu le chemin qui meine à la Ville.
LE PAUVRE. Vous n'avez qu'à suivre cette route, Messieurs, et détourner à main droite quand vous serez au bout de la forest. Mais je vous donne avis que vous devez vous tenir sur vos gardes, et que depuis quelque temps, il y a des voleurs icy autour.
D. JUAN
Je te suis bien obligé, mon amy, et je te rends graces de tout mon coeur.
LE PAUVRE. Si vous vouliez, Monsieur, me secourir de quelque aumosne.
D. JUAN
Ah, ah, ton avis est interessé à ce que je vois.
LE PAUVRE. Je suis un Pauvre homme, Monsieur, retiré tout seul dans ce bois depuis dix ans, et je ne manqueray pas de prier le Ciel qu'il vous donne toute sorte de biens.
D. JUAN
Eh, prie-le qu'il te donne un habit, sans te mettre en peine des affaires des autres.
SGANARELLE
Vous ne connoissez pas Monsieur, bon homme, il ne croit qu'en deux et deux sont quatre, et en quatre et quatre sont huit.
D. JUAN
Quelle est ton occupation parmy ces arbres ?
LE PAUVRE. De prier le Ciel tout le jour pour la prosperité des gens de bien qui me donnent quelque chose.
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