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Molière - Dom Juan, ou le festin de pierre
SGANARELLE
Aussi peu ; ne croyez-vous point l'autre vie ?
D. JUAN
Ah, ah, ah.
SGANARELLE
Voila un homme que j'auray bien de la peine à convertir. Et, dites-moy un peu, [le Moine bourru, qu'en croyez-vous ? eh !
D. JUAN
La peste soit du fat.
SGANARELLE
Et voyla ce que je ne puis souffrir, car il n'y a rien de plus vray que le Moine bourru ; et je me ferois pendre pour celuy-là ; mais] encore faut-il croire quelque chose [dans le monde], qu'est-ce [donc] que vous croyez ?
D. JUAN
Ce que je croy ?
SGANARELLE
Oüy.
D. JUAN
Je croy que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit.
SGANARELLE
La belle croyance [et les beaux articles de foi] que voila ; vostre religion, à ce que je vois, est donc l'aritmetique ; il faut avoüer qu'il se met d'étranges folies dans la teste des hommes, et que pour avoir bien estudié on en est bien moins sage le plus souvent ; pour moy, Monsieur, je n'ay point estudié comme vous, Dieu mercy, et personne ne sçauroit se vanter de m'avoir jamais rien appris, mais avec mon petit sens, mon petit jugement, je voy les choses mieux que tous les livres, et je comprens fort bien que ce monde, que nous voyons, n'est pas un champignon qui soit venu tout seul en une nuict. Je voudrois bien vous demander qui a fait ces arbres-là, ces rochers, cette terre, et ce Ciel que voilà là-haut, et si tout cela s'est basty de luy-mesme ; vous voilà vous par exemple, vous estes là ; est-ce que vous vous estes fait tout seul, et n'a-t-il pas fallu que vostre pere ait engrossé vostre mere pour vous faire ? pouvez-vous voir toutes les inventions, dont la machine de l'homme est composée, sans admirer de quelle façon cela est ageancé l'un dans l'autre ? ces nerfs, ces os, ces veines, ces arteres, ces... ce poumon, ce coeur, ce foye, et tous ces autres ingrediens qui sont là et qui... oh dame, interrompez-moy donc si vous voulez, je ne sçaurois disputer si l'on ne m'interrompt, vous vous taisez exprés, et me laissez parler par belle malice.
D. JUAN
J'attends que ton raisonnement soit finy.
SGANARELLE
Mon Raisonnement est qu'il y a quelque chose d'admirable dans l'homme quoy que vous puissiez dire, que tous les sçavans ne sçauroient expliquer ; cela n'est-il pas merveilleux que me voilà icy, et que j'aye quelque chose dans la teste qui pense cent choses differentes en un moment, et fait de mon corps tout ce
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