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Molière - Dom Juan, ou le festin de pierre

Va va, Piarrot, ne te mets point en peine ; si je sis Madame, je te feray gagner queuque chose, et tu
apporteras du beurre et du fromage cheux nous.

PIERROT

Ventrequenne, je gny en porteray jamais quand tu m'en poyrois deux fois autant. Est-ce donc comme ça
que t'escoutes ce qu'il te dit ? Morquenne, si j'avois sceu ça tantost, je me serois bian gardé de le tirer de

gliau, et je gly aurois baillé un bon coup d'aviron sur la teste.

D. JUAN

s'aprochant de Pierrot pour le fraper.

Qu'est-ce que vous dites ?

PIERROT

s'éloignant derriere Charlote.

Jerniquenne, je ne crains parsonne.

D. JUAN

passe du costé où est Pierrot.

Attendez-moy un peu.

PIERROT

repasse de l'autre costé de Charlote.

Je me moque de tout, moy.

D. JUAN

court aprés Pierrot.

Voyons cela.

PIERROT

se sauve encore derriere Charlote.

J'en avons bien veu d'autres.

D. JUAN

Hoüais.

SGANARELLE

Eh, Monsieur, laissez-là ce pauvre miserable. C'est conscience de le batre. Ecoute, mon pauvre Garçon,
retiretoy, et ne luy dis rien.

PIERROT

passe devant Sganarelle, et dit fierement à D. Juan.

Je veux luy dire, moy.

D. JUAN

leve la main pour donner un soufflet à Pierrot, qui baisse la teste, et Sganarelle reçoit le

soufflet.
Ah, je vous apprendray.

SGANARELLE

regardant Pierrot qui s'est baissé pour éviter le soufflet.

Peste soit du maroufle.

D. JUAN

Te voila payé de ta charité.

PIERROT

Jarny, je vas dire à sa Tante tout ce ménage-cy.

D. JUAN

Enfin, je m'en vais estre le plus heureux de tous les hommes, et je ne changerois pas mon bonheur à

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