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Molière - Dom Juan, ou le festin de pierre
moy par les autres, et s'il y a des fourbes dans le monde, des gens qui ne cherchent qu'à abuser des Filles, vous devez me tirer du nombre, et ne pas mettre en doute la sincerité de ma foy, et puis vostre beauté vous assure de tout. Quand on est faite comme vous, on doit estre à couvert de toutes ces sortes de crainte, vous n'avez point l'air, croyez-moy, d'une personne qu'on abuse, et pour moy, je l'avoüe, je me percerois le coeur de mille coups, si j'avois eu la moindre pensée de vous trahir.
CHARLOTE
Mon Dieu, je ne sçay si vous dites vray ou non, mais vous faites que l'on vous croit.
D. JUAN
Lors que vous me croirez, vous me rendrez justice assurément, et je vous reïtere encore la promesse que je vous ay faite, ne l'acceptez-vous pas ? et ne voulez-vous pas consentir à estre ma femme ?
CHARLOTE
Oüy, pourveu que ma Tante le veüille.
D. JUAN
Touchez donc là, Charlote, puis que vous le voulez bien de vostre part.
CHARLOTE
Mais au moins, Monsieur, ne m'allez pas tromper, je vous prie, il y auroit de la conscience à vous, et vous voyez comme j'y vais à la bonne foy.
D. JUAN
Comment, il semble que vous doutiez encore de ma sincerité ? Voulez-vous que je fasse des sermens épouvantables ? Que le Ciel...
CHARLOTE
Mon Dieu, ne jurez point, je vous croy.
D. JUAN
Donnez-moy donc un petit baiser pour gage de vostre parole.
CHARLOTE
Oh, Monsieur, attendez que je soyons mariez, je vous prie, aprés ça je vous baiseray tant que vous voudrez.
D. JUAN
Et bien, Belle Charlote, je veux tout ce que vous voulez, abandonnez-moy seulement vostre main, et souffrez que par mille baisers je luy exprime le ravissement où je suis...
SCÈNE III - D. JUAN, SGANARELLE, PIERROT, CHARLOTTE.
PIERROT
se mettant entre deux et poussant D. Juan.
Tout doucement, Monsieur tenez-vous, s'il vous plaist, vous vous échauffez trop, et vous pourriez gagner la puresie.
D. JUAN
repoussant rudement Pierrot.
Qui m'amene cét impertinent ?
PIERROT
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