|
Molière - Dom Juan, ou le festin de pierre
Mais, mon guieu, je taime aussi.
PIERROT
Oüy, tu maimes dune belle deguaine.
CHARLOTE
Quement veux tu donc qu'on fasse ?
PIERROT
Je veux que l'en fasse comme l'en fait quand l'en aime comme il faut.
CHARLOTE
Ne taimay-je pas aussi comme il faut ?
PIERROT
Non, quand ça est, ça se void, et l'en fait mille petites singeries aux personnes quand on les aime du bon du coeur. Regarde la grosse Thomasse comme elle est assotée du jeune Robain, alle est toujou autour de ly à lagacer, et ne le laisse jamais en repos. Toujou al ly fait queuque niche, ou ly baille quelque taloche en passant, et l'autre jour qu'il estoit assis sur un escabiau, al fut le tirer de dessous ly, et le fit choir tout de son long par tarre. Jarny ula où len voit les gens qui aimont, mais toy, tu ne me dis jamais mot, t'es toujou là comme eune vraye souche de bois, et je passerois ving fois devant toy que tu ne te groüillerois pas pour me bailler le moindre coup, ou me dire la moindre chose. Ventrequenne, ça n'est pas bian, aprés tout, et t'es trop froide pour les gens.
CHARLOTE
Que veux-tu que j'y fasse ? c'est mon himeur, et je ne me pis refondre.
PIERROT
Ignia himeur qui quienne, quand en a de l'amiquié pour les personnes, lan en baille toujou queuque petite signifiance.
CHARLOTE
Enfin, je taime tout autant que je pis, et si tu n'es pas content de ça, tu n'as qu'à en aimer queuquautre.
PIERROT
Eh bien, ula pas mon conte ? Testigué, si tu m'aimois, me dirois-tu ça ?
CHARLOTE
Pourquoy me viens-tu aussi tarabuster l'esprit ?
PIERROT
Morqué, queu mal te fais-je ? je ne te demande qu'un peu d'amiquié.
CHARLOTE
Et bian, laisse faire aussi, et ne me presse point tant, peut-estre que ça viendra tout d'un coup sans y songer.
PIERROT
Touche donc là, Charlote.
|