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Molière - Dom Juan, ou le festin de pierre
PIERROT
O acoute un peu auparavant, Charlote, j'ay queuque autre chose à te dire, moy.
CHARLOTE
Et bian, dy, qu'est-ce que c'est ?
PIERROT
Vois-tu, Charlote, il faut, comme dit l'autre, que je débonde mon coeur. Je taime, tu le sçais bian, et je somme pour estre mariez ensemble, mais marquenne, je ne suis point satisfait de toy.
CHARLOTE
Quement ? qu'est-ce que c'est donc qu'iglia ?
PIERROT
Iglia que tu me chagraignes l'esprit franchement.
CHARLOTE
Et quement donc ?
PIERROT
Testiguienne, tu ne maimes point.
CHARLOTE
Ah, ah, n'est-ce que ça ?
PIERROT
Oüy, ce n'est que ça, et c'est bian assez.
CHARLOTE
Mon quieu, Piarrot, tu me viens toujou dire la mesme chose.
PIERROT
Je te dis toujou la mesme chose, parce que c'est toujou la mesme chose, et si ce n'estoit pas toujou la mesme chose, je ne te dirois pas toujou la mesme chose.
CHARLOTE
Mais, qu'est-ce qu'il te faut ? que veux-tu ?
PIERROT
Jerniquenne, je veux que tu m'aimes.
CHARLOTE
Est-ce que je ne taime pas ?
PIERROT
Non, tu ne maimes pas, et si je fais tout ce que je pis pour ça. Je tachete, sans reproche, des rubans à tous les Marciers qui passont, je me romps le cou à taller denicher des marles, je fais joüer pour toy les Vielleux quand ce vient ta feste, et tout ça comme si je me frapois la teste contre un mur. Vois-tu, ça n'est ny biau ny honneste de naimer pas les gens qui nous aimont.
CHARLOTE
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