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Molière - Dom Juan, ou le festin de pierre
que je nay point la barluë, çay je fait, et que sont deux hommes, çay je fait, qui nageant droit icy, çay je fait. Morquenne, ce ma til fait, je gage que non. O çà, çay je fait, veux tu gager dix sols que si ? Je le veux bian, ce ma til fait, et pour te montrer, ula argent su jeu, ce ma til fait. Moy, je n'ay point esté ny fou, ny estourdy, j'ay bravement bouté à tarre quatre pieces tapées, et cinq sols en doubles, jergniguenne aussi hardiment que si j'avois avalé un varre de vin : car je ses hazardeux moy, et je vas à la debandade. Je sçavois bian ce que je faisois pourtant, queuque gniais ! Enfin donc, je n'avons pas putost eü gagé que javon veu les deux hommes tout à plain qui nous faisiant signe de les aller querir, et moy de tirer auparavant les enjeux. Allons, Lucas, çay je dit, tu vois bian qu'ils nous appellont : allons viste à leu secours. Non, ce ma til dit, ils mont fait pardre. O donc tanquia, qua la par fin pour le faire court, je l'ay tant sarmonné, que je nous sommes boutez dans une barque, et pis j'avons tant fait cahin, caha, que je les avons tirez de gliau, et pis je les avons menez cheux nous auprés du feu, et pis ils se sant depoüillez tous nuds pour se secher, et pis il y en est venu encor deux de la mesme bande qui saquiant sauvez tout seuls, et pis Maturine est arrivée là à qui l'en a fait les doux yeux, ula justement, Charlote, comme tout ça s'est fait.
CHARLOTE
Tu ne m'as pas dit, Piarrot, qu'il y en a un qu'est bien pû mieux fait que les autres.
PIERROT
Oüy, c'est le Maître, il faut que ce soit queuque gros gros Monsieur, car il a du dor à son habit tout de pis le haut jusqu'en bas, et ceux qui le servont sont des Monsieux eux-mesme, et stapandant, tout gros Monsieur qu'il est, il seroit par ma fique nayé si je n'aviomme esté là.
CHARLOTE
Ardez un peu.
PIERROT
O Parquenne, sans nous, il en avoit pour sa maine de féves.
CHARLOTE
Est-il encore cheux toy tout nu, Piarrot ?
PIERROT
Nannain, ils l'avont r'habillé tout devant nous. Mon quieu, je n'en avois jamais veu s'habiller, que d'histoires et d'angigorniaux boutont ces Messieus-là les Courtisans, je me pardrois là dedans pour moy, et j'estois tout ebobi de voir ça. Quien, Charlote, ils avont des cheveux qui ne tenont point à leu teste, et ils boutont ça aprés tout comme un gros bonnet de filace. Ils ant des chemises qui ant des manches où j'entrerions tout brandis toy et moy. En glieu d'haut de chausse, ils portont un garderobe aussi large que d'icy à Pasque, en glieu de pourpoint, de petites brassieres, qui ne leu venont pas usqu'au brichet, et en glieu de rabas un grand mouchoir de cou à riziau aveuc quatre grosses houpes de linge qui leu pendont sur l'estomaque. Ils avont itou d'autres petits rabats au bout des bras, et de grands entonnois de passement aux jambes, et parmy tout ça tant de rubans, tant de rubans, que c'est une vraye piquié. Ignia pas jusqu'aux souliers qui n'en soiont farcis tout de pis un bout jusqu'à l'autre, et ils sont faits d'eune façon que je me romprois le cou aveuc.
CHARLOTE
Par ma fy, Piarrot, il faut que j'aille voir un peu ça.
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