|
Molière - Dom Juan, ou le festin de pierre
perfidie.
D. JUAN
Sganarelle, le Ciel !
SGANARELLE
Vraiment oüy, nous nous moquons bien de cela, nous autres.
D. JUAN
Madame...
D. ELVIRE
Il suffit, je n'en veux pas oüir davantage, et je m'accuse mesme d'en avoir trop entendu. C'est une lâcheté que de se faire expliquer trop sa honte ; et sur de tels sujets, un noble coeur au premier mot doit prendre son party. N'attends pas que j'éclate icy en reproches et en injures, non, non, je n'ay point un couroux à exhaler en paroles vaines, et toute sa chaleur se reserve pour sa vengeance. Je te le dis encore, le Ciel te punira, perfide, de l'outrage que tu me fais, et si le Ciel n'a rien que tu puisses apprehender, apprehende du moins la colere d'une Femme offencée.
SGANARELLE
Si le remords le pouvoit prendre.
D. JUAN
aprés une petite reflexion.
Allons songer à l'execution de nostre entreprise amoureuse.
SGANARELLE
Ah, quel abominable Maître me vois-je obligé de servir !
ACTE II
SCÈNE PREMIERE - CHARLOTTE, PIERROT.
CHARLOTE
Nostre-dinse, Piarrot, tu t'es trouvé-là bien à point.
PIERROT
Parquienne, il ne s'en est pas falu l'époisseur d'une éplinque, qu'ils ne se sayant nayez tous deux.
CHARLOTE
C'est donc le coup de vent da matin qui les avoit ranvarsez dans la mar.
PIERROT
Aga guien, Charlote, je m'en vas te conter tout fin drait comme cela est venu : car, comme dit l'autre, je les ay le premier avisez, avisez le premier je les ay. Enfin donc, j'estions sur le bord de la mar, moy et le gros Lucas, et je nous amusions à batifoler avec des mottes de tarre que je nous jesquions à la teste : car comme tu sçais bian, le gros Lucas aime à batifoler, et moy par fouas je batifole itou. En batifolant donc, pisque batifoler y a, j'ay apparceu de tout loin queuque chose qui groüilloit dans gliau, et qui venoit comme envars nou par secousse. Je voyois cela fixiblement, et pis tout d'un coup je voyois que je ne voyois plus rien. Eh, Lucas, çay-je fait, je pense que ula des hommes qui nageant là-bas. Voire, ce ma til fait, t'as esté au trépassement d'un chat, tas la veuë trouble. Pal sanquienne, çay je fait, je n'ay point la veuë trouble, ce sont des hommes. Point du tout, ce ma til fait, t'as la barluë. Veux tu gager, çay je fait,
|