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M.J. Gaberel - Voltaire et les Genevois

idée approximative de l'état religieux dans lequel se trouva notre ville durant les vingt dernières années
de ce siècle, dont Voltaire avait accaparé le centre et le coeur, nous citerons seulement encore quelques

lignes d'un rapport du Consistoire. On sait que ce corps n'a jamais cherché, dans ses comptes rendus, à

déguiser la vérité: « Si nous avons, dit-il, la douleur de voir des gens en grand nombre subir l'influence

de la fausse philosophie et vivre sans Dieu et sans espérance en ce monde, nous bénissons Dieu de

compter, dans tous les rangs de la société, des maisons où la piété est héréditaire et où l'instruction

domestique répond à l'instruction publique. Dans ces demeures l'union règne, chacun se sent dans l'ordre

chacun emploie utilement sa journée. On la commence en priant Dieu. Le jour du dimanche en partie en

actes de dévotion et de charité, en partie en délassements honnêtes. Nous sommes heureux de rencontrer

souvent, dans ce jour du Seigneur, la jeune mère de famille, accompagnée d'un enfant, qui porte le

secours et la joie dans une pauvre demeure, et fait aimer à son fils et à sa fille les premiers devoirs du

chrétien. Le lendemain on se remet gaiement au travail, et l'on est plus content dans la médiocrité que

d'autres ne le sont dans l'abondance. L'aliment spirituel qu'on prend chaque jour entretient la santé des

âmes chrétiennes. Survient-il quelque revers, quelque maladie, on s'entraide, on se console, on se fortifie

mutuellement, on prie Dieu. Les paroles du mourant restent gravées dans le souvenir de ceux qui

l'entourent; on pleure un tel homme, on le suit dans la demeure céleste où la foi, manifestée par ses

oeuvres, lui assure la bonne place... »

La richesse, la renommée, l'esprit et le génie, sont de grands moyens pour diriger le monde, et, ce qui
n'est pas à l'honneur de notre pauvre humanité, jamais leur action n'est plus puissante que lorsqu'ils

prennent comme point d'appui quelqu'une des mauvaises passions dont fourmille cette terre. Mais si

l'expérience nous révèle ce triste fait, elle nous donne aussi la preuve consolante qu'il est un autre

pouvoir, plus lent peut-être dans son action et plus difficile à mettre en oeuvre, mais, en revanche, plus

fécond encore en effets durables. C'est la foi ferme et patiente des hommes résolus à faire prévaloir, avec

l'aide de la protection divine, les principes éternellement vrais de la justice, de la sagesse et de la

moralité.

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