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M.J. Gaberel - Voltaire et les Genevois
répondit M. Claparède, car je n'ose supposer que ce soit dans un autre dessein que de le travestir comme toujours. - Non pas, s'il vous plaît, non pas! Je lisais le treizième chapitre de la première Epître aux Corinthiens: il faudrait n'avoir ni coeur ni âme pour oser plaisanter sur cette description de la charité, qui contient les plus belles et les plus saintes-paroles qui soient jamais sorties d'une bouche humaine! » M. Claparède eût bien désiré pouvoir continuer la conversation sur ce ton, mais elle fut interrompue par plusieurs personnes et elle changea aussitôt de cours. Du reste le professeur Claparède, en provoquant une discussion religieuse avec Voltaire, n'avait aucunement la prétention d'agir sur son intelligence, il désirait rendre témoignage à la vérité chrétienne, en face d'un écrivain qui souvent réduisait au silence des hommes amis de leur religion, mais trop timides pour affronter les coups de son impitoyable ironie.
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- XV -
VOLTAIRE ET LE MINISTRE JACOB VERNES. MORT DE VOLTAIRE.
Relations littéraires de Voltaire et de Vernes, et amitié de Voltaire pour ce jeune ecclésiastique. - Vernes aux dîners de Voltaire - Les objections à la Bible. - Le figuier stérile, le massacré des innocents, les vases d'or des Égyptiens, les prisonniers des Juifs torturés. - Confidence philosophique de Vernes. - Jugement du publiciste Linguet touchant ce livre. - Vernes et les vieux incrédules. - Désintéressement de ce pasteur. - Dernier voyage de Voltaire à Paris. - Ses derniers jours et sa mort décrits par les correspondants genevois. - Lettres de Beauchâteau, de Tronchin et de d'Alembert. - Situation de l'Eglise de Genève après la mort de Voltaire.
Les détails dans lesquels nous sommes entré jusqu'ici montrent que Voltaire aimait peu les Genevois: ne pouvant supporter la contradiction, surtout en matière de discussions religieuses, il ne témoignait de la sympathie et n'ouvrait son intimité qu'aux hommes qui applaudissaient à ses bons mots. Cependant nous avons déjà constaté une exception à ce fait en parlant de Moultou, et maintenant nous allons voir cette exception s'étendre à un autre Genevois; le ministre Jacob Vernes. Jusqu'en 1772, Voltaire lui conserva en effet, une amitié sincère, et même après l'avoir fort maltraité, il regretta vivement la rupture de leur ancienne liaison, puisque, quelques mois avant sa mort, il le faisait solliciter de revenir à Ferney.
Cette amitié de Voltaire s'explique: Vernes avait des talents littéraires distingués. A l'âge de vingt-deux ans, il parcourait déjà l'Europe, et, de même que Moultou, il était admis auprès des hommes les plus marquants de l'époque; les encyclopédistes eux-mêmes ne se défendirent pas du charme de sa conversation, et lui surent bon gré de la douceur pleine de fermeté avec laquelle il savait prendre sa place sur le terrain difficile de la lutte entamée autour des convictions chrétiennes. Il fallait que Voltaire lui-même tînt bien à l'estime de Vernes pour que, ce ministre n'étant encore âgé que de vingt-six ans, le vieux philosophe crut devoir se disculper à ses yeux, avec une grande énergie, de toute participation aux deux productions de Candide et de Jeanne d'Arc.
Nous devons dire, du reste, que Vernes avait mieux compris que la plupart de ses collègues l'esprit du temps, et la nécessité de ne pas mettre la défense dans des conditions trop défavorables vis-à-vis de l'attaque. Désirant par-dessus tout conserver dans Genève les grands principes chrétiens et la morale évangélique, il n'attachait pas beaucoup d'importance à des pratiques usées, et qui tenaient plus du domaine des formes extérieures que de celui des convictions internes. Les choses nouvelles ne lui paraissaient pas mauvaises par ce seul fait qu'elles ne portaient point le caractère d'une antiquité qui rend fort respectables certaines institutions, mais dont le culte ne doit pas être poussé jusqu'à exclure des
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