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M.J. Gaberel - Voltaire et les Genevois
de lettres sur le christianisme, ouvrage rempli de traits lumineux et de réflexions victorieuses qui font honneur à la touche mâle et hardie de l'auteur. - Ces lettres ont fait éclore une lettre de Voltaire, où il raille M. Roustan d'une manière assez plate: « M. Roustan, enlevons une lettre de votre nom, vous devenez Rustan, ce qui peint votre caractère.... Votre style ressemble beaucoup, pour la grâce, aux vieux souliers que fabriquait votre père... vous n'auriez pas dû sortir de son échoppe de savetier. » - Roustan a répliqué par deux nouveaux traités, intitulés: Réponse aux difficultés d'un théiste, et: l'Impie démasqué. Dans la préface de ce dernier, il s'honore de devoir le jour à un honnête homme, et prie M. de Voltaire de laisser en paix les cendres de son père; il l'assure qu'il ne voit rien de si plaisant dans l'état de cordonnier; il lui affirme qu'il n'achètera pas le moindre petit domaine pour ajouter un nom de terre au nom paternel. et lui demande si, par hasard, il trouverait que lui, Roustan, ferait un bien beau trait d'esprit en lui ôtant son T, au lieu d'Arouet le laissant Aroué de Voltaire. »
Ce qui vexa le plus Voltaire, ce fut cette apostrophe de Roustan: « Monsieur, vos paroles sont dignes de la société qui se rassemble autour de votre table. Quand nous aurons prouvé la vérité du christianisme, nous savons qu'il est impossible de demander à vos jolis messieurs et à vos élégantes dames d'interrompre la lecture de vos petites oeuvres et leurs petits soupers pour s'occuper de leur Créateur, de leur âme, de leurs fautes, et de Celui qui peut seul les pardonner. En effet, il n'y a pas là le moindre mot pour rire, et c'est surtout pour rire que nous sommes en ce monde. Passe encore qu'on se désespère quand un acteur parfait, une actrice délicate sont attaqués d'un rhume qui les empêche de jouer! Mais dans ce siècle philosophe, tout honnête homme doit être ravi qu'on lui prouve qu'il est le frère aîné de la brute, et qu'il finira sa brillante existence entre quatre planches de sapin. Cela importe peu, pourvu qu'on puisse se plonger dans toutes sortes de débauches, enlever l'honneur à son meilleur ami, ou faire des épigrammes sur Jésus-Christ entre la poire et le fromage. C'est ainsi que, dans les cours de Charles II et du régent de France, on a su jouir de la vie, et vous, les descendants de ces messieurs, vous êtes dignes de ces maîtres. » - Dans une autre lettre, Roustan, examinant les sources de l'incrédulité, dénonce comme la principale les abus de la religion romaine; il lui demande un compte sévère de toutes les idées fausses dont elle a revêtu le christianisme, et de toutes les horreurs dont elle l'a rendu responsable aux yeux des hommes; mais, toujours équitable dans ses jugements, il supplie ses lecteurs de ne pas confondre les catholiques avec le papisme, « parce que, dit-il, beaucoup d'entre eux valent mieux que leur religion, comme beaucoup de protestants sont au-dessous de la leur. »
Le professeur Claparède porta la lutte sur un autre terrain, et chercha surtout à parler au coeur des Genevois, à faire vibrer leur patriotisme en leur rappelant tout ce qu'ils devaient à cette foi chrétienne que Voltaire poursuivait de ses sarcasmes. On peut citer comme exemple de sa prédication cette rapide péroraison d'un de ses discours: « Je vous retracerai brièvement les fléaux qui désolent l'Europe. Des armées innombrables descendent du nord au midi; une flotte formidable, après un circuit de mille lieues, presse la capitale du plus vaste empire; les couronnes s'ébranlent de tous côtés; la famine, la peste exercent en divers lieux leur cruelle influence; la terre est un théâtre de révolutions qui s'enchaînent les unes aux autres, et Genève, la petite Genève, subsiste encore. Pourquoi les souverains la laissent-ils debout? C'est qu'elle est un foyer de religion qui a éclairé plusieurs peuples, c'est qu'elle doit à la religion son crédit, sa splendeur, son existence. - Vous donc, citoyens genevois, en abandonnant cette religion, n'abandonnez-vous pas votre pays? - Les Juifs disaient: Peut-il sortir quelque chose de bon de Nazareth?...Que sont devenus les Juifs? Et pensez-vous que si Genève éteint volontairement les rayons du soleil de justice qui brille encore sur sa couronne, elle ne descendra pas, comme les nations d'autrefois, dans les sombres demeures des ténèbres et de l'oubli? »
Toutes ces prédications immédiatement imprimées et répandues à profusion dans le pays ainsi que les
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