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M.J. Gaberel - Voltaire et les Genevois
propres armes. Mais une autre cause d'insuccès tenait au caractère des pasteurs, et à la nature de leurs écrits: décidés à en appeler seulement à la froide raison, et à ne se départir jamais d'une modération vraiment chrétienne, ils attiraient comparativement beaucoup moins l'attention que les saillies de l'ironique esprit qu'ils avaient pour adversaire. « Allez, avait dit celui-ci, qui du premier coup avait compris la position, allez, vieilles perruques! ce n'est pas votre plate douceur qui vous tirera de mes griffes! »
Ce fut H. Vernet qui le premier tomba sous sa griffe, c'est-à-dire sous ses épigrammes. Il avait publié deux petits traités, courts, serrés, bien raisonnés, contre les assertions de Voltaire, relatives aux miracles. Voltaire pour se venger, publia en 1760, un libelle intitulé: Dialogue chrétien, ou préservatif contre l'Encyclopédie, par M. V., professeur à Genève. Ce pamphlet débute par quelques pages sérieuses, puis tourne graduellement à l'incrédulité, et enfin M. Vernet, qui est censé l'interlocuteur, avoue qu'il ne croit pas en Dieu, et déclare que tous ses collègues sont des hypocrites ou des individus immoraux faisant leur métier pour l'argent qu'il leur rapporte. - Le Conseil d'Etat ordonna que tous les exemplaires qui pourraient être saisis seraient brûlés par la main du bourreau, et la générosité de Voltaire à faire distribuer ce libelle avait été si grande que, le jour de l'exécution (17 septembre), on put croire un instant, aux Rues-Basses, qu'il y avait un incendie à l'hôtel de ville. Une proclamation des syndics et du Consistoire rendit, en outre, pleine et entière justice à M. Vernet: « A votre aise, Monsieur le professeur! dit alors Voltaire, vous devez être bien satisfait. Le Conseil a déclaré que vous n'avez ni tué, ni mis la main dans la poche d'autrui. »
Quelques années plus tard, c'était en 1766, et à la suite de divers travaux pleins de douceur et de jugement, par lesquels M. Vernet avait de nouveau réfuté Voltaire, celui-ci eut recours à une nouvelle machination. Il publia, soit dans la Guerre civile de Genève, soit dans une lettre imprimée sous le nom de R. Covelle, la note suivante: « Vernet, professeur en théologie, très-plat écrivain, fils de réfugié. - Nous avons des lettres originales de lui, par lesquelles il prie M. de Voltaire de vouloir bien lui confier l'édition de l'Histoire universelle, et l'accepter pour correcteur d'imprimerie. Il fut refusé et se jeta dans la politique. »
Cette affaire causa beaucoup de scandale: un professeur de théologie de Genève avoir sollicité d'imprimer l' Essai sur l'Histoire universelle, qui fourmille d'erreurs et de calomnies contre la religion! La Compagnie voulut éclaircir cette accusation; heureusement M. Vernet, homme de beaucoup d'ordre, avait soigneusement conservé les lettres de Voltaire et ses réponses. Ces pièces authentiques prouvèrent d'abord que Vernet avait été sollicité par Voltaire de soigner l'édition de l'Histoire universelle, comme il avait soigné celle de Montesquieu; ensuite que Vernet, après y avoir découvert des erreurs et des attaques contre le christianisme, avait prié l'auteur d'accepter ses rectifications, et, sur son refus, avait abandonné l'ouvrage, en exprimant à Voltaire son blâme et son regret. Le Conseil publia un nouvel arrêté dans lequel il donnait une approbation formelle au professeur Vernet.
Quelques jours plus tard, celui-ci apprenant que Voltaire nie tout haut la réalité de ces faits et lit à ses amis des lettres supposées qui donnent à Vernet tous les torts, il se rend à Ferney où il est reçu avec une politesse affectée: il profite de la présence au salon d'un assez grand nombre de personnes, sort de son portefeuille deux lettres relatives à l'impression de l'Histoire universelle et en lit une. Voltaire l'interrompt: « Qu'est-ce que cela prouve? - Cela prouve que vous avez tort de dire que j'ai sollicité l'impression de votre ouvrage! - Allons, vous avez raison: nous avons tous de vieux péchés et de vieilles paroles à nous reprocher; touchez là et qu'il ne soit plus parlé de cette affaire; dînez avec nous. » - M. Vernet refusa et voyant qu'il ne pourrait rien obtenir, se retira. Voltaire le pressa d'accepter son carrosse
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