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M.J. Gaberel - Voltaire et les Genevois

cette bonne oeuvre, cela prouve qu'elle a du crédit auprès de M. de Saint-Florentin; si c'est par
vous-même, vous ferez casser la révocation de l'édit de Nantes (1). »

[(1) La famille Moultou conservait une volumineuse correspondance entre son chef et la duchesse
d'Anville. Ces lettres qui paraissent avoir été du plus haut intérêt touchant la question de la liberté

religieuse, ont été détruites par les pillards révolutionnaires et nous sommes privés d'un travail qui aurait

fait le plus grand honneur à la mémoire de M. Moultou.]

Enfin, six ans plus tard, la cause de la tolérance avait fait de sérieux progrès, puisque (9 août 1775)
Voltaire pouvait écrire: « L'archevêque de Toulouse a parlé il y a quelque temps des mariages

protestants, et il a montré dans ses propos autant de tolérance que de politique. M. Turgot est en train de

rendre les plus grands services à la nation et à la raison; sa sagesse et sa bienfaisance s'étendent jusque

sur nous, pauvres habitants ignorés du mont Jura. Attendez-vous, vous autres Genevois, aux choses les

plus agréables, c'est tout ce que je puis vous dire. Ceux qui vous mandent que le clergé français n'a

jamais eu plus d'activité et de crédit se trompent de moitié, ils n'ont raison que sur l'activité. - Je vous

embrasse avec tendresse et joie, quoique fort malade. »

Dès ce moment, en effet, on put prévoir en France que l'heure allait sonner où la liberté de conscience
devait rentrer sur ce sol qu'elle avait quitté depuis si longtemps: son principe était décidément inoculé à

la nation, il ne restait plus qu'à en développer les progrès et la pratique, en se résignant aux lenteurs

inséparables d'une semblable révolution. Toutefois, ces retards empêchèrent les ardents promoteurs de la

tolérance de contempler le résultat de leurs efforts: avant-garde dans la lutte, ils succombèrent avant de

voir leur drapeau fixé dans la place conquise; mais en emportant l'assurance qu'ils seraient victorieux.

Heureusement les ministres d'Etat ne songeaient point à revenir en arrière; Rulhières et Malesherbes

mirent à cette cause le plus sérieux intérêt. Dans le but de s'entourer de toutes les lumières possibles, ils

s'adressèrent à Genève, et le professeur Jacob Vernet fut chargé de répondre à cette question venue de

Versailles: « Que doit-on, que peut-on faire actuellement en faveur du protestantisme français? » Le

mémoire que Vernet rédigea à cette occasion fut très-goûté par les hommes placés alors à la tête des

affaires en France, et en 1788 Louis XVI, écoutant les inspirations de son coeur généreux, termina l'ère

des persécutions antichrétiennes sur le sol français en signant l'acte qui rendait la liberté religieuse et la

sécurité personnelle aux réformés de son royaume.

Soixante-dix années ont passé depuis que Voltaire et ses amis genevois obtinrent la victoire légale sur le
fanatisme romain; mais l'adversaire de toutes les libertés est loin d'être vaincu; et lorsque de nos jours les

incessantes manifestations de sa mauvaise volonté pénètrent d'inquiétude les amis de la vérité

philosophique et religieuse, ne devons-nous pas conserver une vive reconnaissance envers des hommes

qui ont délivré l'Europe française de la tyrannie sanglante des Lachaise et des Le Tellier?

***

- XI -

LA PRESSE VOLTAIRIENNE A GENEVE

Confusion faite par Voltaire entre le christianisme et le fanatisme. - Craintes des Genevois religieux au
sujet du séjour de Voltaire. - Publication de la Jeanne d'Arc. - Elle est brûlée à Genève par la main du

bourreau. - Législation genevoise sur la liberté de la presse. - Le carrosse de Voltaire visité à l'octroi. -

Candide et le Dictionnaire philosophique brûlés. - Propagande organisée par Voltaire pour inonder

Genève de ses pamphlets. - Résistance des pasteurs et jugement porté par Rousseau sur cette affaire.

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