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M.J. Gaberel - Voltaire et les Genevois
par ce magistrat contre les jésuites furent une des principales causes de leur bannissement de France; en 1764, le roi, entraîné par la puissance des raisonnements de son procureur général, signa leur expulsion. Neuf ans plus tard, le 12 février 1773, M. de Montclar mourut; le bruit courut partout qu'il avait, à ses derniers moments, rétracté sa conduite et fait amende honorable envers la Société de Jésus. Aujourd'hui ce fait est consigné dans les livres et les biographies qui ont trait à l'histoire des jésuites. « Son confesseur, affirme-t-on, par ordre de l'évêque d'Apt, exigea de lui qu'il rétractât ce qu'il avait avancé de défavorable au clergé en général, et il se résigna à cet acte de repentir et de soumission. »
Or, M. Moultou, proche parent des Montclar, reçut, peu de temps après la mort du procureur général, une relation détaillée de ses derniers moments, relation que la famille du défunt le priait instamment de communiquer à Voltaire. Voici cet étrange document, qui est livré ici pour la première fois à la publicité:
« M. de Montclar, ancien procureur général au Parlement de Provence, étant malade à Saint-Saturnin, diocèse d'Apt, fut administré, le 12 février 1773, par le vicaire de sa paroisse, nommé Jouval, en présence de Madame sa femme, de son frère, de M. de Salonet, capitaine de cavalerie, de quelques parents, de tous ses domestiques, de quoi fut dressé procès-verbal - L'évêque d'Apt, nommé Boçon, gouverné par quelques ex-jésuites, mande le 14 février le vicaire, lui fait un crime d'avoir conféré les sacrements à M. de Montclar; il le menace, l'intimide et exige de lui une fausse déclaration, dans laquelle il est dit en termes exprès que M. de Montclar, en mourant, a protesté d'être soumis à la bulle Unigenitus, qu'il rétractait ce qu'il a fait et dit contre ladite bulle, qu'il demande pardon d'avoir persécuté les saints jésuites, qu'il leur rend hommage et se repent d'avoir prêté son ministère à la destruction d'une société si utile.
« Ce sont les propres termes de l'écrit signé par le vicaire Jouval.
« Ce malheureux prêtre remontre humblement à l'évêque que rien de tout cela n'est vrai, que lui, Jouval, a déjà attesté tout le contraire dans la famille, de vive voix et par écrit; qu'enfin il ne peut se résoudre à mentir avec tant d'impudence. L'évêque l'assure que c'est pour la plus grande gloire de Dieu; un ex-jésuite lui fait comprendre que, si M. de Montclar n'a pas proféré exactement ces paroles, il doit les avoir dans le coeur. Enfin le malheureux signe cette pièce calomnieuse. - De retour à Saint-Saturnin, il est troublé de remords; il demande pardon à Mme de Montclar et à toute sa famille de la faiblesse qu'il a eue; il désavoue, les larmes aux yeux, les mensonges que l'évoque d'Apt avait arrachés à sa timidité. Ce désaveu, signé de quatre témoins, est du 16 février 1773. - Dès lors, Jouval, pressé entre les reproches de la famille du défunt et les menaces de son évêque, supplie M. de Montclar, le frère, de vouloir bien supprimer les pièces qui pourraient prouver cette manoeuvre. M. de Salonet lui répond le 23 février, de Marseille, où il était pour lors: « Je ne puis me prêter à la proposition que vous me faites; quand on nous représentera cette déclaration que l'évêque d'Apt vous a fait signer chez lui contre la vérité, que pourrons-nous répondre? On ne trafique pas ainsi de la vérité; nous ne le pourrions pas pour nous-mêmes, encore moins pour la réputation d'un père de famille respectable. »
Lorsque M. Moultou eut pris connaissance de cette déclaration de ses parents de Montclar, il communiqua, selon leur désir, ces faits à Voltaire; celui-ci lui écrit, en date du 25 avril 1773: « En vous remerciant du fond de mon coeur, le vôtre doit être bien ulcéré. Je ne doute pas que vous ne fassiez voir le jour à des pièces aussi importantes, et que vous ne manifestiez ces excès de l'imposture d'un évêque et de la faiblesse de ce pauvre vicaire. Ce sera servir à la fois les rois de France, d'Espagne, de Portugal et de Naples, justifier la mémoire de M. de Montclar et rendre service à tous les honnêtes gens de l'Europe. La publication d'une telle calomnie est d'autant plus nécessaire qu'une pareille friponnerie est en usage dans presque toutes les paroisses catholiques; on gêne, on persécute les vivants, et on calomnie les
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