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M.J. Gaberel - Voltaire et les Genevois

protégés, nous trouvons plusieurs pages écrites vers le moment où l'affaire des Calas était portée devant
le conseil du roi, qui devait décider si le procès serait ou non revisé; elles sont empreintes en plusieurs

endroits de l'agitation que l'attente causait à Voltaire.

(5 janvier 1763.) « L'aventure des Calas peut servir à relâcher beaucoup les chaînes de vos frères qui
prient Dieu en mauvais vers. Je suis convaincu d'ailleurs que, si l'on a quelque protection à la cour, on

verra clairement que des ignorants qui portent une étole ne gagnent rien à faire pendre des savants à

manteau noir, ce qui est le comble de l'absurdité comme de l'horreur.

« Je vous supplie de vouloir bien envoyer chez MM. Séchehaie et Le Fort le commentaire de Bayle sur le
Contrains-les d'entrer et la lettre de l'évêque d'Agen par laquelle cet animal veut vous contraindre

d'entrer.

« On m'a mandé de Toulouse qu'un jeune homme qui allait prier tous les jours à l'église de Saint-Etienne,
sur le tombeau du saint martyr Marc-Antoine Calas (celui qui s'était pendu), est devenu fou pour n'avoir

pas obtenu de lui le miracle qu'il lui demandait, et ce miracle... c'était de l'argent.

« On ne peut rien ajouter, Monsieur, ni à ma compassion pour les fanatiques, ni à ma sincère estime pour
vous. »

(9 janvier 1763.) « Voici un mémoire qu'on envoie; il avait été fait à Toulouse il y a très-longtemps; je
suis fâché que les avocats de Paris ne l'aient pas connu: il y a des choses bien essentielles dont ils

auraient fait usage. Votre indignation et votre pitié redoubleront, s'il se peut, à la lecture de ce mémoire.

On est tenté de se faire débaptiser quand on lit la Saint-Barthélemy, les massacres d'Irlande et l'histoire

des Calas; on aurait du moins grande raison de se décatholiciser. - Je vous supplie, Monsieur, de vouloir

bien envoyer le mémoire à M. de Brus, quand vous l'aurez lu.

« Vous savez que l'affaire ne sera rapportée que le huit février. Je ne dormirai point la nuit du 7 au 8.
Mon Dieu! que d'abominations! Je prends la liberté de vous embrasser de tout mon coeur. »

Pendant qu'on délibère à Paris, Voltaire prépare toutes les armes nécessaires pour faire pencher la
victoire de son côté, et cet écrivain, si léger à l'ordinaire dans ses productions, cet auteur dont la plume

facile entasse les pages à heure fixe, multiplie cette fois les soins et les travaux, et laisse de côté tout

amour-propre de poëte, afin de donner la plus grande valeur possible à ses plaidoyers pour la liberté

religieuse. C'est sous cette impression qu'il écrit encore à Moultou:

(26 février 1763.) « Je suis en peine d'Olympie et de la tolérance; je trouve qu'il y a beaucoup à faire au
premier ouvrage et que le second est bien délicat; je vous soumets l'esquisse d'un nouveau chapitre; il ne

tient qu'à vous qu'il soit meilleur.

« N'auriez-vous point de livres sur ce sujet? Mais quelques lignes de votre main vaudraient mieux que
tous les livres. Je suis sûr que le contrôleur général, M. le duc de Praslin, M. le duc de Choiseul ont de

très-bonnes intentions; il faut assurément en profiter; ne pourriez-vous point quelque jour en venir causer

avec moi? Votre jeunesse est faite pour éclairer tous les âges. »

Enfin le rapport sur les Calas est terminé; le préavis du conseil du roi est favorable à la révision, et il est
décidé que cette révision sera faite par le Parlement de Toulouse. Voici le chant de triomphe que laisse

échapper Voltaire:

(Samedi 12 février 1763.) « C'était un bien vilain jour pour moi, Monsieur, que celui où j'étais à Ferney

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