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M.J. Gaberel - Voltaire et les Genevois
La malice de Voltaire lui causa donc encore cette fois un amer désappointement. Il avait cru déconsidérer le clergé de Genève, en comptant sur son silence, dans un temps où les croyances religieuses osaient à peine se formuler d'une manière timide. Il se trouva tout au contraire appeler l'attention de l'Europe sur l'Eglise de Genève, pour la lui montrer tenant haut et ferme le drapeau de l'Evangile. Ce fut certes un beau jour pour les pasteurs de Genève que celui où leur voix proclama dans la presse, devant les cours, les académies et les Eglises, ces grandes vérités religieuses qui étaient à la fois tout le christianisme et le protestantisme tout entier, jour d'autant plus beau que grandes étaient alors les douleurs causées par les attaques incessantes de la philosophie matérialiste. Voltaire lui-même sentit combien toute son habileté avait porté à faux, car jamais il ne fit dans la suite la moindre allusion à cette affaire; or, on sait s'il s'épargnait le souvenir de ces triomphes, grands et petits.
Du reste, une cause des plus intéressantes s'offrit bientôt à son esprit inquiet: ce fut celle de la tolérance et de la liberté de pensée, pour lesquelles il entreprit une lutte de plusieurs années qui, nous en sommes convaincus, lui procura plus de pures jouissances que tant d'autres victoires où sa vanité seule se trouvait intéressée.
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- IX -
VOLTAIRE ET LA LIBERTE DE CONSCIENCE
Intolérance française en 1760. - Voltaire se décide à la combattre. - Affaire des Calas. - Procès de Sirven. - La Barre et d'Etallonde. - Le galérien protestant Chaumont. - Les oreilles du grand inquisiteur. - Le seigneur allemand et les Calas. - Le curé de Moëns rossant ses ouailles. - Les serfs du mont Jura. - Influence de Genève sur les efforts de Voltaire en faveur de la tolérance. - Jugement de Charles Bonnet touchant les travaux de Voltaire en faveur de la tolérance. - Motifs qui mirent Voltaire au service de cette cause.
La liberté de conscience, ou le droit pour chaque homme de choisir ses opinions religieuses et de les professer sans entraves, est un des principes dont l'admission a rencontré et rencontre encore les plus sérieuses difficultés dans la vie morale des nations. Cette indépendance, proscrite par les catholiques, fut considérablement restreinte, durant près de deux siècles, par les protestants eux-mêmes. Longtemps les Eglises réformées, infidèles à l'un des principes sur la base desquels elles s'étaient constituées, traitèrent elles-mêmes d'hérétiques les hommes qui n'admettaient pas tous les points des confessions de foi de Luther ou de Calvin, et cette grave erreur ne fut abandonnée que vers le commencement du XVIIe siècle. Ce fut encore Genève qui eut l'honneur de précéder le monde réformé dans cette noble voie, et son église donna la première l'exemple d'une liberté complète sous le rapport religieux. Cette seconde émancipation de la conscience était un fait accompli dans notre ville depuis soixante-dix ans, lorsque Voltaire conçut le projet de faire goûter les idées de tolérance au peuple français.
La tâche était rude et périlleuse. En 1760, les hommes qui rejetaient l'autorité du pape étaient encore emprisonnés et confondus sur les galères du roi avec les voleurs et les assassins; leurs femmes étaient ensevelies dans des cachots infects, et leurs enfants, élevés par des moines, apprenaient, de par le roi, à maudire sur la croix de Jésus le souvenir et la religion de leur père et de leur mère. Les montagnes de France recélaient encore dans leurs déserts des populations désireuses de servir Dieu en esprit et en vérité, et les troupes royales faisaient feu sur ces rebelles comme sur les plus dangereux brigands de grands chemins; puis les hauts dignitaires de l'Eglise romaine louaient et bénissaient Dieu lorsqu'ils
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