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M.J. Gaberel - Voltaire et les Genevois
Collections de brochures religieuses et politiques, communiquées par MM. Lullin-Dunant, Gaullieur, professeur, Pictet-de la Rive, professeur, Chaponnière, docteur, et Gustave Moynier.
Anecdotes communiquées par MM. Picot, professeur, Edouard Mallet, Pictet de Sergy, Alphonse de Candolle, professeur, L'hardi, doyen de Neuchâtel.
Extraits des registres des Conseils, du Consistoire et de la Vénérable Compagnie des Pasteurs de Genève (de 1754 à 1778).
Lettres concernant la mort de Voltaire. Extraits de la collection Tronchin, que je dois à l'obligeance de M. le professeur Edmond Scherer.
Lettres et Mémoires du professeur Jacob Vernet. Après avoir extrait de ces documents les faits qui m'ont paru offrir le plus d'intérêt, j'ai donné, durant l'hiver de 1856, un cours public sur les rapports de Voltaire avec les Genevois.
Ce travail livré à l'impression a rencontré beaucoup de bienveillance, et la première édition étant épuisée, M. Cherbuliez en publie une seconde où nous avons fait quelques changements autorisés par des documents récemment venus à notre connaissance.
Genève, 7 octobre 1856.
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VOLTAIRE ET LES GENEVOIS
- I -
Genève et la philosophie du XVIIIe siècle. - Raisons qui déterminèrent Voltaire à choisir la vallée du Léman pour sa demeure définitive.
Lorsqu'un peuple adopte un principe généreux, il doit s'attendre infailliblement à susciter une lutte acharnée de la part des adversaires de cette idée. Genève a fait une rude expérience de cette vérité. Au XVIe siècle, notre ville entreprit de protéger la liberté de conscience telle qu'elle pouvait être comprise à cette époque, en même temps que la foi chrétienne réformée devenue celle de ses enfants. Une aussi noble mission, dont l'ultramontanisme saisit dès l'abord la vaste portée, ligua contre elle de redoutables ennemis. Rome, Madrid et Turin voulurent détruire une cité qui, sans territoire, sans richesses, sans armée, osait défendre avec succès les principes de la réforme et ses soldats persécutés (1).
[(1) Les correspondances diplomatiques échangées au XVIIe siècle entre Rome, Madrid et Turin, établissent ce fait d'une manière évidente: il fallait à tout prix que Genève, refuge de l'hérésie, fût convertie ou détruite.]
Cette lutte dura plus de deux siècles. Aussi lorsque vers l'année 1760, les philosophes français proclamèrent la doctrine de la tolérance religieuse. Genève s'associa de coeur au mouvement qu'ils déterminèrent, et se réjouit de voir son plus précieux privilége s'étendre sur les nations voisines. Toutefois cet accord entre les libres penseurs français et la cité de Calvin ne put être complet, car Genève, en repoussant le despotisme romain, avait toujours entendu garder la foi chrétienne dans son intégrité, tandis que les philosophes voulaient envelopper dans la même ruine le fanatisme religieux et la religion elle-même. Genève fut donc obligée de séparer sa cause de celle des hommes qui refusaient à la
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