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M.J. Gaberel - Voltaire et les Genevois

pour le drame étaient les garçons barbiers et perruquiers. Voici quels furent, à l'occasion de ce fait, leurs
rapports avec le Consistoire. On les mande pour les censurer parce qu'ils ont représenté Polyeucte, Cinna,

ou Mahomet et le Registre s'exprime en ces termes: « A comparu le sieur Aubert, maître à danser, appelé

céans pour avoir prêté territoire aux fins de représenter la tragédie de Mahomet: il avoue qu'il a prêté sa

salle et qu'il a dansé en habit de paysanne durant les intermèdes, ce dont il est gravement réprimandé. »

Un autre jour « ont comparu quinze garçons perruquiers et barbiers, appelés pour avoir été acteurs dans
la tragédie de la Mort de César, représentée chez le sieur Joubert; ils ont été censurés et exhortés à mieux

observer les ordres de leurs supérieurs, et de s'attacher à leur profession sans s'arrêter au jeu ou à d'autres

excès. » Ces censures consistoriales, fréquemment répétées, ne corrigeaient du reste personne, et les

représentation, dramatiques étaient des plus fréquentes lorsque Voltaire vint s'établir aux Délices.

Nous avons vu les succès qu'il obtint à Lausanne en faisant jouer ses pièces par des acteurs vaudois;
Voltaire supposa qu'il recevrait à Genève des encouragements analogues, et son théâtre se trouva prêt

avant que la maison fut terminée. Plusieurs familles riches acceptèrent ses invitations, et le poëte n'eut

rien de plus pressé que d'organiser des comédies, sur lesquelles il comptait « pour dominer la société

genevoise. »

Aussi fut-il grandement irrité lorsqu'il apprit que la majorité du Conseil d'Etat et le Consistoire blâmaient
son entreprise. Voici la délibération qui eut lieu à ce sujet le 31 juillet 1755: « M. le pasteur de Roches a

dit, que le sieur Voltaire se dispose à jouer des tragédies chez lui, à Saint-Jean, et qu'une partie des

acteurs qui suivent les répétitions sont des particuliers de cette ville: dans ce but, il a fait bâtir un théâtre

et préparer des décorations... Le Conseil déclare qu'il maintiendra la défense, qui est la même pour tous,

et il invite Messieurs les pasteurs de la ville à visiter les personnes à qui M. de Voltaire distribue des

rôles, pour les engager à s'abstenir. »

M. le professeur Tronchin rapporte que, dans une visite qu'il fit quelques jours plus tard à Voltaire,
celui-ci lui témoigna « être fort fâché d'avoir donné lieu à quelques plaintes au sujet d'une tragédie qu'on

devait représenter chez lui, mais que c'était moins sa faute que celle de ses visiteurs, lesquels ne l'avaient

pas averti. Qu'à présent qu'il est bien informé, il se donnera garde d'y contrevenir, son intention ayant

toujours été d'observer avec respect les sages lois du gouvernement. »

En effet, durant trois années, Voltaire, passant les hivers à Montrion, s'abstint d'organiser aux Délices des
représentations théâtrales « avec costumes et décorations. », Mais ne pouvant se passer de ce plaisir, et la

majorité du Conseil demeurant inflexible, il fit construire une salle à Tournay (Pregny), sur la frontière

genevoise. Dès lors il avait pleine liberté, et, pour mieux attirer les amateurs, il y fit jouer plusieurs

artistes de la Comédie-Française, que le fameux Lekain avait conduits aux Délices auxquels voulurent

bien se joindre plusieurs dames genevoises pour compléter la troupe de Tournay. Pour le coup, le

scandale parut trop grand; on allait répétant dans les cercles: « A quoi servent les lois si, pendant qu'on

nous défend de jouer la comédie dans nos maisons, les dames peuvent la jouer chez M. de Voltaire? » -

Et la Compagnie des Pasteurs finit par adresser au Conseil une remontrance dont voici la partie la plus

saillante: « Il est contre la décence publique et bien affligeant pour tout bon citoyen que des personnes

destinées par leur naissance, leur éducation et leurs talents, au gouvernement de l'Etat se produisent sur

un théâtre presque public pour mériter les éloges de vrais comédiens: de jeunes dames, qui devraient

donner des exemples de modestie, osent se mettre en quelque sorte au rang des comédiennes, en sorte

que le goût pour le théâtre, fait des progrès dangereux et fortifie le penchant, qui ne règne que trop, pour

la dissipation, le luxe et la dépense. Ces dissipations influent nécessairement sur les moeurs et font naître

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