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M.J. Gaberel - Voltaire et les Genevois

et la violence du philosophe. Ce tableau, qui portait comme légende: les Adieux de Claude Gay, eut un
succès des plus populaires.

- IV -

BIENFAISANCE DE VOLTAIRE - VOLTAIRE ET LE CLERGE CATHOLIQUE

Bienfaisance de Voltaire. - Les agriculteurs de Ferney. - MM. De Prez de Crassier. - Les dragées
d'Arnaud. - La malle de Thiriot. - Mlle Corneille. - Sévérité du clergé savoisien à l'égard de Voltaire. -

Mahomet et les faucheurs. - Communion de Voltaire. - Son sermon dans l'église de Ferney. - Lettre de

l'évêque d'Annecy. - Voltaire capucin. - Ferney décrit par un auteur ultramontain.

Voltaire avait un grand plaisir à faire du bien; il donnait beaucoup, faisait un noble usage de sa fortune
(deux cent mille francs de rente), et ses générosités étaient rehaussées par des paroles et des procédés

empreints d'une spirituelle délicatesse. Un jour on l'informa qu'un laboureur de Ferney était en prison

pour une dette de 7,500 fr. Voltaire donna l'ordre de payer cette somme, et comme on lui représentait que

ce pauvre homme n'ayant pour tout bien qu'une nombreuse famille, cet argent serait entièrement perdu: «

Tant mieux, dit-il, on ne perd point quand on rend un père à sa famille, un citoyen à l'Etat. » - Une autre

fois, une veuve des environs, mère de deux enfants, étant poursuivie par ses créanciers, eut recours à

Voltaire, qui, non seulement lui prêta l'argent sans intérêt, mais encore l'aida à remettre son bien en

valeur. Ce fonds étant plus tard vendu, Voltaire le racheta beaucoup plus cher qu'il ne valait réellement et

remit la différence à la veuve. - Un habitant du village, qui lui devait 600 livres, perdit ses bestiaux:

Voltaire lui envoya deux belles vaches et la quittance de sa dette. - Un agriculteur, ayant perdu un procès

et se trouvant ruiné, alla trouver le seigneur de Ferney et lui conta ses malheurs: celui ci fit examiner son

affaire par des légistes genevois, qui déclarèrent que la condamnation était injuste; lorsque le pauvre

homme vint reprendre ses papiers, Voltaire les lui rendit, enveloppant une somme de mille écus, et lui

dit: « Voilà, mon ami, de quoi réparer les torts de la justice. Un nouveau procès ne serait qu'un a

tourment: ne plaidez plus, et si vous voulez vous établir sur mes terres, je m'occuperai de votre sort. » -

Les jésuites d'Ornex voulaient agrandir leur territoire en acquérant à vil prix un bien de mineurs engagé

pour 15,000 francs et valant quatre fois cette somme. La ruine des possesseurs, la famille De Prez de

Crassier, était inévitable, lorsque Voltaire fournit les 15,000 livres pour dégager leur bien, et leurs

affaires furent depuis si bien dirigées qu'à l'époque de l'expulsion de l'ordre des jésuites, ce furent

précisément les De Prez qui purent acheter tous les immeubles de ces religieux.

C'était surtout quand il s'agissait d'hommes de lettres que Voltaire savait entourer ses dons de procédés
qui ajoutaient encore au prix du service. Un auteur, Arnaud de Baculard, jeune homme fort pauvre, reçut

de grosses sommes de la main du poëte, qui voulait l'encourager dans ses essais dramatiques. Lorsqu'il

obtint ses premiers succès, il voulut rendre cet argent à son protecteur, qui le refusa en disant: « Un

enfant ne rend pas les dragées que lui a données son père. » - Un M. Thiriot, qui avait été clerc de notaire

avec lui, se trouvait dans une misère profonde: Voltaire le garda pendant un an à Ferney, puis il lui

procura la place de correspondant littéraire du grand Frédéric; enfin, lorsque Thiriot le quitta, Voltaire,

tout en l'aidant à faire sa malle, y glissa cinquante louis. - Le trait le plus remarquable de sa bienfaisance

est du reste bien connu: on sait qu'il eut pour objet la nièce du grand Corneille, jeune personne fort

pauvre. Voltaire la reçut à Ferney, l'adopta, soigna son éducation, et pour lui faire une dot convenable, il

composa une édition des oeuvres de Corneille, accompagnée de remarques de sa main. Le livre se vendit

90,000 francs, et Mlle Corneille fut mariée à un M. Dupuis, du pays de Gex. Dans un moment

d'embarras, le jeune ménage emprunta 12,000 francs à Voltaire: lors de la naissance du premier enfant, le

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