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M.J. Gaberel - Rousseau et les Genevois
Guillaume Tell. »
Barrère répondit: « L'alliance qui existe entre la république française et celle de Genève, est établie sur la liberté et l'indépendance, elle sera immortelle! »
Voici comment se termina cette immortalité.
Le 15 avril 1798, sans avis préparatoire, sans déclaration de guerre, des troupes françaises entrent par les trois portes de Genève. Le commandant occupe l'hôtel de ville avec des pièces d'artillerie mèche allumée. Des hussards parcourent la ville au galop... On leur avait dit que les bourgeois viendraient au-devant d'eux, avec des guirlandes de fleurs et des cris de réjouissance ; ils parcourent des rues mornes et désertes, et entendent des citoyens qui, des fenêtres, les chargent d'imprécations. - L'infâme résident Desportes ose écrire au gouvernement français: « Citoyens directeurs, Genève est dans l'allégresse! A l'entrée des troupes une foule de personnes ont fait retentir les airs des cris de vive la grande nation... J'ai accepté en votre nom le voeu du peuple genevois. » Et voici le caractère de cette allégresse. - Desportes ordonne qu'on illumine la ville et que les magistrats annoncent par une chaleureuse proclamation l'annexion à la France. - Pas un lampion ne paraît aux fenêtres, et la proclamation renferme ces deux lignes: « Nous apprenons à nos concitoyens que Genève a passé sous l'autorité française. »
Une fête militaire est ordonnée, les bataillons doivent s'y rendre. Celui du Molard, fort de 1200 hommes, fournit 30 soldats et officiers, Saint-Gervais envoie 5 soldats et 1 officier.
Un tir a eu lieu, le résident veut distribuer les prix. Ceux qui les obtiennent lui tournent le dos, sans les vouloir accepter. Le lendemain, dans une cérémonie à la cathédrale, Desportes veut exiger qu'on prête serment de fidélité aux nouveaux maîtres du pays ; - il insiste pour qu'on lève la main, quelques Carougeois seuls lui répondent. - Il crie vive la république française! et les voûtes de St-Pierre redisent: vive la république genevoise, car elle ressuscitera!
Elle ressuscita 16 ans plus tard, après avoir largement payé aux batailles de l'empire la dîme de ses enfants.
- III -
Les Genevois, rendus à leur nationalité, s'occupèrent bientôt de Jean-Jacques. Son monument était placé dans le Bastion Bourgeois, de grands marronniers entouraient la colonne et laissaient apercevoir le buste par-dessus leurs cimes. L'effet de cette tête de bronze s'élevant isolée au milieu des touffes vertes, n'était que ridicule, il devint intolérable lorsqu'on abattit les arbres pour faire le Jardin botanique. On vit alors une mince colonne portant un énorme buste, et cette stupide conception des artistes de 93 rappelait, à s'y méprendre, « une tête au bout d'une pique...» Aussi personne ne réclama contre la destruction de ce chef-d'oeuvre, et les citoyens momentanément froissés dans leurs sympathies, reçurent l'assurance que plus tard un monument, digne du grand philosophe, ornerait une des places de Genève.
On s'occupa pendant plusieurs jours de cet incident et une scène grotesque provoqua l'hilarité générale.
Le lendemain de la démolition de la colonne monumentale de Jean-Jacques, la sentinelle qui était de garde à la porte Neuve, vit au milieu de la nuit une lueur lointaine dans les allées du bastion, elle veut crier qui vive, mais immédiatement la frayeur lui ôte la voix, elle se traîne dans le corps de garde. - Au secours! regardez ce qui se passe dans le bastion! Le poste sort, et l'on voit une boule de feu semblable à une tête humaine, qui se meut lentement sous les arbres, l'idée d'un feu follet ne vient pas à l'esprit du
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