bibliotheq.net - littérature française
 

M.J. Gaberel - Rousseau et les Genevois

des enfants, l'union, la tolérance entre les citoyens.

La valeur poétique de ces hymnes est nulle, c'est la plus fade pastorale qu'on puisse imaginer. Voici la
meilleure strophe:

Rousseau que ta fête civique

Soit pour nous un lien constant,

Unis-nous dans ta république

Comme autour de ton monument.

Car nous aimons, nous célébrons

Et ta mémoire et tes leçons.

Peu importe la valeur poétique, ce que nous voulons faire ressortir, c'est que les chansons, les
proclamations, les discours, composés pour les fêtes de Rousseau, en pleine révolution, sont empreints de

calme, de tranquillité, d'un désir d'union et de paix qui met l'auteur du Contrat social totalement en

dehors des violences politiques de ces fatales années.

- II -

La fête de Rousseau eut lieu durant cinq années. En 1798, le corps administratif consulté sur son
opportunité, répondit: « La patrie genevoise ayant cessé d'exister, il est hors de propos de célébrer la fête

de notre grand citoyen. »

En effet, la république française, violant tous les droits, tous les serments, les notions les plus
élémentaires de la probité politique, s'était emparée de Genève ; et, chose étrange, le souvenir de

Rousseau qui protégea Ermenonville fut impuissant pour garantir son pays.

Eu 1814, l'armée des alliés pouvait certes exercer de tristes représailles sur le pays dont elle faisait la
conquête. Un corps prussien arrive à Ermenonville: le maire de cette commune se présente au

commandant, lui fait connaître qu'il est sur la terre où Rousseau a terminé sa vie, lui montre le tombeau

du philosophe, et l'officier prussien respecte Ermenonville, on ne touche point au château, la discipline la

plus sévère est observée, on paie tout chez les paysans. Le lendemain la même scène se passe à

Montmorency. Seules, ces deux localités sont préservées des maux de la guerre ; mais quinze ans

auparavant les membres du Directoire pensaient autrement que les généraux prussiens.

Dès 1794 l'envoyé de Genève, M. Reybaz, avait de sérieuses craintes touchant l'indépendance de son
pays ; il voulut exciter la sympathie du Directoire, et lorsqu'il fut présenté à la Convention il dit (29 août

1794):

« Vous avez fondé la liberté en France ; Genève dès longtemps a établi la liberté de tout penser et de tout
écrire sur les ruines de la superstition et de l'esclavage, vous avez jeté un oeil complaisant sur le berceau

de Jean-Jacques ; vous avez réuni les deux extrémités de la Suisse, la plume de Rousseau et la flèche de

< page précédente | 73 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.