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M.J. Gaberel - Rousseau et les Genevois
m'effraya si fort qu'ayant étudié jour et nuit un petit discours que j'avais préparé, je me troublai lorsqu'il fallut 1e réciter, au point de ne pouvoir pas dire un seul mot, et je fis dans cette conférence le rôle du plus sot écolier. Je répondis bêtement oui et non aux commissaires, et je fus admis à la communion. »
Le registre du Consistoire s'exprime en ces termes:
Du premier août 1754. « Le sieur Jean-Jacques Rousseau ayant satisfait sur tous les points par rapport à la doctrine on l'admet à la sainte Cène. »
Le formulaire de réintégration dans l'église de Genève est aussi simple que complet. On demande à l'aspirant s'il admet l'Ancien et le Nouveau Testament comme vérité révélée et divine: et l'on ajoute quelques propositions contenant les grands devoirs de la morale évangélique.
Rousseau répond affirmativement aux articles de cette profession de foi. Il rentre dans ses droits de citoyen et se trouve entouré des marques les plus douces d'affection et de confiance de la part des pasteurs et des principaux bourgeois admirateurs de son talent.
- III -
Les Genevois désiraient vivement que 1e philosophe pût se fixer dans sa patrie, et Rousseau adopta cette idée. Malheureusement les encyclopédistes contrecarrèrent ce projet: l'influence de la cité protestante devenait trop sensible chez Jean-Jacques, il fallait l'éloigner, le conserver à Paris. Un agréable asile lui fut offert à l'Ermitage et l'établissement à Genève se trouva indéfiniment ajourné. Toutefois, son esprit et son coeur étaient sans cesse préoccupés des intérêts intellectuels et religieux de sa ville natale, et durant quatre années il entretint une correspondance suivie avec les pasteurs genevois. Voltaire en fit les frais. Voltaire, comme on le sait, voulait démoraliser Genève et détruire le christianisme professé par la majorité des habitants de cette ville. Dans ce but, il favorisait le goût du plaisir, le luxe, l'habitude du théâtre, et voulant à tout prix exercer sa passion pour l'autorité, jouer le rôle de seigneur suzerain, il intriguait de mille manières afin de « régenter les vingt-cinq perruques dont le gouvernement genevois était composé. »
Il désirait surtout anéantir l'oeuvre religieuse de Calvin dont l'influence durait déjà depuis deux siècles ; ce Calvin lui causait une profonde irritation, il voulait faire fleurir l'esprit du temps sur les débris de la morale du réformateur.
Les pasteurs et les citoyens genevois amis du christianisme luttèrent courageusement contre ce déplorable envahissement (1).
[(1) Voir les détails de ces intrigues dans l'ouvrage de M. Gaberel: « Voltaire et les Genevois ».]
Rousseau s'unit au clergé pour réfuter les odieux libelles que Voltaire répandait à foison dans la ville ; alors Voltaire joignit la calomnie aux pamphlets irréligieux, et comme les pasteurs avaient fait disparaître un très-grand nombre de ses plus mauvaises brochures, il voulut perdre de réputation l'homme qui se montrait le plus persévérant dans la lutte, Jacob Vernet, professeur de théologie. Dans ce but, on écrivit à Fernex quelques feuilles signées, Vernet, professeur, et intitulées: Dialogues chrétiens ou Préservatifs contre l'Encyclopédie, et voici comment M. Vernet raconte l'affaire à Rousseau: « Hélas, cher et illustre ami, ils ont osé transporter ici la scène des libelles satiriques et scandaleux qui a si indécemment agité Paris l'année dernière. Ces deux dialogues sont infâmes, c'est un prêtre furibond, un ministre fourbe et avare qui se liguent contre un philosophe: le ministre avoue des tours de coquin, le philosophe est le
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