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M.J. Gaberel - Rousseau et les Genevois
point né dans la rue qui porte son nom, mais il ne l'a jamais habitée... Voici l'origine de cette étrange erreur.
En 1793 le gouvernement révolutionnaire voulut rendre des honneurs publics à la mémoire de Rousseau. On savait qu'il avait été baptisé dans la cathédrale, mais la tradition portait qu'il avait demeuré à Saint-Gervais, ses souvenirs d'enfance relatés dans ses Confessions se rapportent à ce quartier, et comme derrière le No 69 de la rue Rousseau se trouvait une petite maison qui avait appartenu à David, aïeul du philosophe, on ne poussa pas plus loin les recherches, et l'inscription fut placée sur la façade la plus voisine de l'immeuble du grand-père.
Les archéologues genevois, du commencement du siècle, mirent bientôt en question la réalité de cette tradition. M. de Grenus affirmait que Jean-Jacques était né dans une maison à lui appartenant près de l'hôtel de ville ; le problème n'était pas résolu, lorsque notre savant et infatigable archiviste, M. Th. Heyer, voulut savoir la vérité et déterminer exactement les lieux habités par Rousseau, depuis le jour de se naissance, le 28 juin 1712 jusqu'en 1728, moment où il s'enfuit de Genève.
Dans ce but M. Heyer met en regard:
1.- Les registres de l'état civil où Jean-Jacques Rousseau est inscrit ;
2.- Les registres des propriétaires d'immeubles et les rôles des contributions indiquant exactement les domiciles des citoyens genevois ;
3.- Enfin, les registres de paroisses où chaque année les pasteurs et les dizeniers (diacres) inscrivent en grand détail les personnes habitant la circonscription confiée à leurs soins.
Or ces documents officiels établissent que Jean-Jacques Rousseau est né dans la Grand'rue, No 2, dans la maison possédée par son père, et qu'il y demeura jusqu'en 1719.
De 1720 à 1722 Jean-Jacques habite avec son père, rue de Coutance, No 73, au troisième étage, sur le devant.
En 1722, Isaac Rousseau, le père, est obligé de s'expatrier: Jean-Jacques, âgé de 1O ans, demeure successivement chez son oncle Bernard, Grand'rue, no 19, et à Bossey chez le pasteur Lambercier. Le 26 avril 1725 il est mis en apprentissage chez un graveur nommé Abel Ducommun, rue des Etuves, No° 96, au troisième étage. Au mois de mars 1728, âgé de 16 ans, il s'enfuit de Genève craignant d'éprouver une rude correction pour une faute légère ; il tombe entre les mains du clergé savoyard et abjure le protestantisme le 21 avril 1728 à Turin, après une instruction préliminaire qui dura neuf jours. Ces dates, et plusieurs autres que nous produirons durant le cours de ce travail, sont en désaccord, nous le savons, avec quelques-uns des récits de Rousseau. Mais rien n'est inflexible comme un acte notarié, un registre d'état civil, et du reste Jean-Jacques, écrivant ses mémoires à l'âge de 58 ans, nous déclare lui-même que pour les années de sa jeunesse les pièces écrites lui manquent, et l'on sait combien, les faits se transposant aisément lorsqu'il s'agit des premiers temps de la vie, on commet des erreurs, sans que la vérité soit volontairement altérée.
- IV -
Rousseau reçut la simple et sévère éducation dont profitait la jeunesse genevoise.
Dans les villes de la Suisse romande, tous les enfants étaient initiés aux richesses littéraires de l'antiquité.
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