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M.J. Gaberel - Rousseau et les Genevois
de son Sauveur, de la sainte Vierge, des SS. Jean et Jacques, ses patrons... Proteste de vouloir vivre et mourir dans la sainte foi catholique... Donne aux religieux capucins et augustins, et aux dames de Ste-Claire la somme de 16 livres pour dire des messes pour le repos de son âme... il partage son bien entre son père et Mme de Warens. »
Tout catholique que fût cet acte, l'esprit genevois reparaît bientôt, on presse le malade de faire une donation en faveur des hôpitaux des SS. Maurice et Lazare ; cette institution était pour lors spécialement dirigée contre les protestants du diocèse de Genève... Rousseau répond que ses facultés ne lui permettent pas de faire aucun legs de ce genre.
Rousseau guérit de ses blessures. Nous ne le suivrons pas dans ses voyages et ses malheurs. Nous le retrouvons âgé de quarante-deux ans (1754): ses travaux politiques et littéraires, ses triomphes au théâtre et ses oeuvres philosophiques attirent sur lui les regards et les applaudissements des cours et des académies. Au milieu de ses succès, Rousseau pense avec amour à son pays, il désire le revoir et faire hommage de sa gloire à sa ville natale. Nous avons raconté, dans le chapitre précédent, les impressions et les regrets qui l'engagèrent à reconquérir les droits de citoyen de Genève, et comme les lois de la république n'admettaient à la bourgeoisie que les protestants seuls, Rousseau dut abjurer le catholicisme et redevenir membre de l'Eglise genevoise.
Cette démarche, toujours si sérieuse, si délicate, était encore aggravée par la haute position du philosophe. Voici comment Rousseau explique l'état de sa conscience: « La morale de l'Evangile est la même pour tous les chrétiens. Les dogmes ne peuvent être expliqués. La fréquentation des incrédules a ranimé ma foi au lieu de l'éteindre. La lecture de l'Evangile m'a montré Dieu et le sort véritable de l'homme, je possède l'essentiel de la religion, la forme est une affaire qui concerne les lois et les usages humains. »
Fort de ces pensées, Rousseau s'adresse au pasteur de sa paroisse, et comme il demeurait à Grange-Canal, il se met en rapport avec M. Maystre, ministre de Cologny, homme âge, doué d'une grande douceur de caractère. Après quelques conférences, M. Maystre fait au Consistoire le rapport suivant:
Du 25 juillet 1754 « Le sieur Jean-Jacques Rousseau, citoyen ayant été conduit en Piémont en bas âge, y avait été élevé dans la religion catholique romaine et l'avait professée pendant plusieurs années. Dès qu'il a été éclairé, et qu'il en a reconnu les erreurs, il n'en a plus continué les actes, au contraire il a dès lors fréquenté assidûment les assemblées de dévotion à l'hôtel de l'ambassade de Hollande à Paris, et s'est déclaré hautement de la religion protestante. Pour confirmer ces sentiments il a pris la résolution de venir dans sa patrie pour y faire son abjuration et rentrer dans le sein de notre Eglise. Il supplie en conséquence ce vénérable Consistoire de l'exempter de comparaître, et qu'il lui plaise de le renvoyer devant une commission particulière. »
Le Consistoire délibère, on représente que le sieur Rousseau est maintenant atteint d'une maladie très-dangereuse, que l'on peut user avec lui d'indulgence ; qu'il est d'ailleurs d'un caractère timide, et reconnu, même par les personnes les plus jalouses de son mérite, pour avoir des moeurs pures et sans reproches. On le renvoie en conséquence devant une commission composée de MM. de Waldkirk, Sarasin et Maystre, pasteurs ; Grenus, Pictet et Jallabert, professeurs: et il sera réintégré dans la communion de l'église de Genève, s'il satisfait aux diverses questions qu'ils sont chargés de lui adresser.
Voici comment Rousseau raconte cette scène: « M. Perdriau, homme aimable et doux, avec qui j'étais fort lié, s'avisa de me dire qu'on se réjouissait fort de m'entendre dans cette petite assemblée Cette attente
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