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M.J. Gaberel - Rousseau et les Genevois

religieuse, à tous les âges de la vie. Il cita pour exemple Rousseau, et prouva que s'il était demeuré
protestant son génie aurait grandi par suite de l'appui que donnent au talent des principes fermes et

logiques, en religion et en morale. Parmi ses auditeurs se trouvait une dame anglaise dont les parents

avaient connu et admiré Rousseau. Elle voulut témoigner à M. Coquerel le plaisir que ses paroles lui

avaient causé, elle lui légua un buste de Jean-Jacques dû au ciseau du célèbre Flaxmann, ajoutant que M.

Coquerel ne pourrait se dessaisir de cet ouvrage que pour le placer dans un musée public. Les directeurs

des galeries du Louvre ont fait des offres magnifiques à M. Coquerel, il a refusé et il serait bien à désirer

que la ville de Genève reçût de la générosité de quelques citoyens ce buste, qui est sans contredit le plus

admirable travail qu'on ait exécuté d'après la tête de notre illustre philosophe.]

Les faits suivants caractérisent les impressions religieuses de Rousseau durant sa jeunesse. Il atteste un
miracle, et voici la teneur du certificat qu'il livre aux amis de l'évêque d'Annecy, dont on poursuivait la

béatification:

« Mme de Warens demeurant à Annecy dans la maison de M. Bosge, le feu prit au four des cordeliers,
qui répondait au toit de cette maison, avec une telle violence, que ce four, qui contenait un bâtiment assez

grand rempli de fascines et de bois sec, fut bientôt embrasé. La flamme, portée par un vent impétueux,

s'attacha au toit de la maison et pénétra par les fenêtres dans les appartements. Mme de Warens donna

d'abord ses ordres pour tâcher d'arrêter les progrès de l'incendie et pour faire transporter ses meubles dans

son jardin. Elle était occupée de ces soins quand elle apprit que Mgr l'évêque était accouru au bruit du

malheur, dont elle était menacée, et qu'il allait paraître dans l'instant. Elle alla aussitôt au-devant de lui.

Ils entrèrent ensemble dans le jardin, il se mit à genoux avec elle et avec tous ceux qui se trouvèrent

présents, du nombre desquels j'étais, et commença à prononcer des prières avec cette ferveur qui lui était

ordinaire. L'effet en fut sensible. Le vent, qui portait le feu par-dessus la maison jusque dans le jardin,

changea tout à coup, et éloigna si bien les flammes de la maison que le four, quoique contigu, fut

entièrement consumé sans que la maison eût d'autre mal que le dommage qu'elle avait reçu auparavant.

C'est un fait connu de tout Annecy et que moi, écrivain du présent Mémoire, ai vu de mes propres yeux

(1) »

« Signé: ROUSSEAU. - Septembre 1729. »

[(1) Vie de Mgr l'évêque Rossillion de Bernex, livre 8, page 161.]

Rousseau, dans ses Confessions, dit: « Je signai une attestation du fait précédent mais j'eus tort de donner
ce fait pour un miracle. J'avais vu l'évêque en prières, le vent changer, et même très à propos, voilà ce

que je pouvais certifier ; mais que la prière fût cause du changement du vent, voilà ce que je ne devais

point dire, car enfin si ce miracle eut été l'effet des plus ardentes prières, j'aurais bien pu m'en attribuer

ma part. »

Huit ans plus tard, 1737, Rousseau faisait son testament. Il voulut un jour essayer une opération de
chimie, l'appareil éclata, il est grièvement blessé, le chirurgien le condamne, il doit dicter ses dernières

volontés. Voici cet acte (1):

[(1) Je dois sa communication à l'obligeance de M. Rabut, professeur d'histoire à Chambéry.]

«Considérant la certitude de la mort et l'incertitude de son heure, et qu'il est prêt d'aller rendre compte à
Dieu de ses actions, fait son testament comme ci-après.

« Premièrement s'est muni du signe de la croix sur son corps...Recommande son âme à Dieu par le mérite

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