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M.J. Gaberel - Rousseau et les Genevois
alors aux transfuges du protestantisme.
Voici la lettre de M. de Pontverre, telle que les auteurs ecclésiastiques de la Savoie l'ont conservée (1):
[(1) Mémoires de Mme de Warens, page 254, publiés par le clergé d'Annecy.]
«Madame,
« Je vous envoie Jean-Jacques Rousseau, jeune homme qui a déserté son pays ; il me paraît d'un heureux caractère ; il a passé un jour chez moi, et c'est encore Dieu qui l'appelle à Annecy.
« Tâchez de l'encourager à embrasser le catholicisme. C'est un triomphe quand on peut faire des conversions. Vous concevez aussi bien que moi que, pour ce grand oeuvre auquel je le crois assez disposé, il faut tâcher de le fixer à Annecy, dans la crainte qu'il ne reçoive ailleurs quelques mauvaises instructions. Ayez soin d'intercepter toutes les lettres qu'on pourrait lui écrire de son pays, parce que se croyant abandonné, il abjurera plus tôt. Je remets tout entre les mains du Tout-puissant, et les vôtres que je baise.
Votre T.-H. S. DE PONTVERRE. »
D'Annecy, Rousseau fut conduit à Turin pour faire son abjuration. Voici l'acte qui constate ce fait et qui, je suppose, est imprimé pour la première fois (1):
« Jean-Jacques Rosseau de Genève (calviniste), entré à l'hospice à l'âge de 16 ans, le 12 avril 1728. Abjura les erreurs de la secte le 21, et le 23 du même mois lui fut administré le saint baptême ayant pour parrain le sieur André Ferrero, et pour marraine Françoise-Christine Rora (ou Rovea). »
[(1) Cet extrait textuel des registres, du couvent du Spirito Santo, à Turin, a été remis avec une grande bienveillance par le directeur de cet établissement à mon ami M. Amédée Bert, pasteur à Turin.]
Rousseau, dans ses Confessions, raconte qu'il passa deux mois au Spirito Santo. Cette erreur de mémoire est fort excusable chez un homme qui écrit sans notes après un intervalle de quarante années ; mais il est également impossible que les faits accumulés dans son récit s'encadrent dans l'espace de onze jours: il y a une confusion manifeste dans les souvenirs du philosophe.
- II -
Après son abjuration, Rousseau demeura quelque temps à Turin, gagnant péniblement sa vie, essayant divers métiers. Il fit connaissance d'un abbé nommé M. Gaime, cet ecclésiastique se prit d'une vive affection pour Jean-Jacques, lui donna d'excellents conseils et releva sa moralité considérablement altérée par son séjour chez Abel Ducommun. Rousseau fit de rapides progrès dans la voie du bien... Mais malheureusement M. Gaime était déiste et n'admettait pas le caractère surnaturel de la Révélation: il ne croyait point aux miracles de Jésus-Christ ; le Sauveur n'était pour lui que le plus sublime des sages... Il enseigna cette théologie à son disciple. Les résultats sont faciles à concevoir... Un catéchumène à qui son instructeur religieux essaie de démontrer que l'élément miraculeux n'existe pas dans l'Evangile ne pourra peut-être jamais arriver à la foi chrétienne... (1) Aussi ne devons-nous point nous étonner de la tendance religieuse de Rousseau. Il revint chez Mme de Warens déiste au fond du coeur, et catholique pratiquant et sincère au dehors: mélange de termes opposés qui se voit très-fréquemment en Italie et ailleurs...
[(1) M. le pasteur Athanase Coquerel prêchait, il y a vingt ans, sur les heureux effets de l'éducation
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