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M.J. Gaberel - Rousseau et les Genevois
Le grand philosophe du dix-huitième siècle reçoit le jour dans une ville où règnent la simplicité des moeurs, la frugalité, l'esprit d'ordre et l'économie indispensables au salut des républiques... Aussi conserve-t-il, dans toutes les phases de son existence, ce genre de vie modeste et sévère qui lui attire l'estime de ses contemporains.
Rousseau passe ses premières années dans une ville où l'instruction littéraire et le développement religieux de la jeunesse forment les préoccupations constantes des magistrats et des pasteurs, et 1e futur réformateur de la famille puise dans ces institutions natales les principes qui le guident dans sa carrière intellectuelle.
Rousseau est élevé dans une république libre à l'intérieur, respectée au dehors ; il sait que depuis deux siècles, ses concitoyens ont tout sacrifié pour conserver cette indépendance nationale... et Rousseau devient un citoyen passionné pour les principes républicains qui font aujourd'hui le bonheur des peuples capables de les pratiquer avec loyauté.
Enfin, les premiers regards de l'enfant de génie sont frappés des plus beaux aspects du monde extérieur, et Rousseau conçoit pour les sites de sa vallée natale une admiration qu'il fera plus tard partager par les classes lettrées de l'Europe entière.
Telle fut l'action esthétique et sociale de la Suisse française sur le caractère et les principes de Rousseau, et les faits abondent pour le développement de cette affirmation.
- III -
Les ancêtres de Rousseau étaient libraires à Paris. En 1550 ils s'expatrièrent pour conserver la liberté de conscience et le droit d'exercer la foi évangélique. Didier Rousseau fut reçu bourgeois de Genève le 21 avril 1555. (1)
[(1) Reg. d'admission des bourgeois. Il paya 20 écus et un seillot.]
Cette famille tint, durant deux siècles, un rang honorable dans la bourgeoisie et fut alliée aux membres les plus distingués de la magistrature.
Isaac Rousseau, père du philosophe, avait un peu déchu: c'était un homme d'un caractère frivole, il faisait des montres et donnait des leçons de danse. Il avait épousé, le 2 juin 1704, Susanne Bernard, fille d'un maître horloger et nièce d'un ministre. De ce mariage naquit, le 28 juin 1712, Jean-Jacques Rousseau, baptisé en la cathédrale de Saint-Pierre, le 4 juillet suivant, par M. Senebier, pasteur. L'enfant eut pour parrain J.-J. Valançan, et sa mère mourut, le 7 juillet, à l'âge de 39 ans.
Dans quelle rue et dans quelle maison de Genève Jean-Jacques Rousseau a-t-il reçu le jour? La question semble superflue... Genève possède une rue qui porte le nom de son illustre citoyen ; le No° 69 de cette rue présente une plaque portant ces mots:
Ici est né Jean-Jacques Rousseau le 28 juin 1712.
L'inscription est claire, la date récente, le personnage bien connu... nul doute à cet égard ; les voyageurs qui s'arrêtent devant cette demeure ne sont point induits en erreur, et cette rue s'honore à juste titre d'avoir vu naître J.-J. Rousseau.
Or, de toutes ces affirmations, la date de la naissance est la seule exacte. Non-seulement Rousseau n'est
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