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M.J. Gaberel - Rousseau et les Genevois

concernant l'éducation et le christianisme.

Dans l'Emile, Rousseau proclame des principes qui sont en opposition absolue avec l'esprit et les
coutumes du temps.

D'après 1e DROIT DIVIN les peuples étaient la propriété des rois, le souverain était inviolable lors
même qu'il violait les lois de la morale et de la justice.

Rousseau établit 1e DROIT DES NATIONS, d'après lequel les rois et les gouvernements sont faits pour
les peuples, et le souverain n'est légitime que lorsqu'il gouverne selon les lois.

Certaines classes de la société sont propriétaires exclusifs des honneurs et des places dans l'Etat.
Rousseau prouve que tous les hommes sont égaux et que la moralité du caractère et le mérite intellectuel

doivent seuls faire obtenir les emplois publics.

Plusieurs corporations civiles ou religieuses étaient exemptes des impôts, et le recouvrement des deniers
de l'Etat offrait les plus intolérables abus. Rousseau demande que les impôts soient payés directement par

tous les citoyens et répartis proportionnellement aux fortunes et aux revenus.

Ces vérités, qui sont aujourd'hui reçues par tous les esprits éclairés et les coeurs droits, soulevèrent en
1762 une effroyable tempête contre le républicain genevois qui avait l'audace de proposer au monde

français des principes admis depuis longtemps dans sa patrie. Toutefois les impressions produites par

l'Emile et le Contrat social furent très-variées ; pendant que le Parlement préparait la condamnation de

ces livres, ils recevaient dans la société parisienne un accueil enthousiaste, et la Sorbonne, dans son

rapport touchant l'Emile, nous décrit en ces termes ce phénomène littéraire: « Ce livre, quoique rempli de

poisons mortels, est recherché avec le plus vif empressement. Chacun veut l'avoir avec soi, la nuit

comme le jour, à la promenade comme dans son cabinet, à la campagne comme à la ville. Point d'école

plus fréquentée que celle du philosophe de Genève, il est comme honteux de ne pas se déclarer du

nombre de ses élèves. »

Ce livre est déféré au Parlement français, et l'avocat du roi ne craint pas d'insérer dans ses conclusions
ces étranges paroles: « Nous condamnons ce livre parce que des hommes élevés par Rousseau seraient

enclins au doute et préoccupés de la tolérance. »

La Sorbonne fait deux rapports et, en traitant la question politique, elle prouve que ses docteurs savaient
mieux le latin que le français. On en peut juger par ce fragment textuel:

« Car voilà que paraît avec audace la nouvelle production d'un auteur infortuné. Tel dans le camp des
philosophes nouveaux que le sont quelquefois dans le camp des ennemis ces hommes barbares qui, bien

moins soldats que brigands, ne pensent qu'à piller, à massacrer, à ravager avec violence et par fraude

pour satisfaire l'inclination comme naturelle qu'ils ont de nuire. Tel est Rousseau, qui n'ayant d'autre

dessein que de se faire je ne sais quelle réputation, se met peu en peine d'écrire des choses véritables

pourvu qu'il en annonce de nouvelles et d'inouïes. »

Enfin 1e Parlement rend son décret le 9 juin 1762. Sous le rapport politique, on accuse Rousseau «
d'établir des propositions qui tendent à donner un caractère faux et odieux à l'autorité souveraine, à

détruire le principe de l'obéissance qui lui est due, et à affaiblir le respect et l'amour pour les rois. »

La sentence s'exécute contre le livre et, le 11 juin, l'Emileest lacéré et brûlé au pied du grand escalier du
palais par l'exécuteur de la haute justice.

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