Rousseau et les Genevois
M.J. Gaberel
Chapitre Premier. Influence générale de Genève sur le caractère de Rousseau. Chapitre II. La politique de Rousseau Chapitre III. Sentiments religieux de Rousseau. Chapitre IV. Rousseau et ses amis de Genève. Chapitre V. Rousseau et l'étude de la nature. - La Nouvelle Héloïse. - Réforme de l'éducation Chapitre VI. Genève et Rousseau après la mort du philosophe.
Des fragments de ce travail ont été lus dans les séances du 24 et du
31 juillet 1858, de l'Académie des
Sciences morales et politiques de France, par M. Mignet, secrétaire perpétuel
de l'Institut.
Chapitre Premier. Influence générale de Genève sur le caractère de Rousseau.
- I -
Depuis quatre-vingts ans, une foule d'écrivains ont débattu les questions relatives à la personne et aux doctrines de Rousseau ; il peut donc paraître superflu d'ajouter quelques pages aux innombrables traités qui renferment l'apologie ou la critique de Jean-Jacques ; aussi l'auteur de ce travail n'aurait jamais publié une ligne sur un sujet dès longtemps épuisé, si la bonne volonté de ses amis et ses propres recherches ne lui avaient procuré des faits et des documents ignorés du public. Les écrits inédits et les correspondances inexplorées de Rousseau jettent une clarté nouvelle sur plusieurs points importants de sa vie, et peuvent atténuer la sévérité des jugements qu'on porte à son égard. Au reste, le but que nous nous proposons est clairement indiqué par le titre de notre ouvrage: nous voulons étudier l'influence que le pays natal de Rousseau exerça sur ses principes, et nous nous bornerons à ce point de vue particulier, sans empiéter sur les questions générales que soulèvent les oeuvres et les doctrines du philosophe genevois. (1)
[(1) Les personnes qui m'ont communiqué des renseignements nouveaux et des pièces inédites concernant Rousseau, et auxquelles je témoigne ici ma reconnaissance, sont: Mme Streckeisen-Moultou, et MM. le colonel Tronchin ; Bovet, bibliothécaire, de Neuchâtel ; Viridet, chancelier du canton de Genève ; Rigaud-Constant ; Prevost-Cayla ; Rabut, professeur à Chambéry ; Gaullieur ; Vaucher-Mouchon ; Lardy, de Neuchâtel ; Vaucher, de Fleurier ; Micheli-Labat: Adolphe Pictet et Humbert, professeur.]
- II -
Tous les hommes reçoivent une profonde impression des événements dont ils furent les témoins dans leur enfance, et des principes que leurs parents ou leurs maîtres gravèrent dans leur âme. Plus les institutions du pays natal sont fortes et caractérisées, plus leur action est durable sur les citoyens qu'elles forment et dirigent. Loin d'échapper à cette loi générale, Jean-Jacques Rousseau offre un remarquable exemple de l'irrésistible action des souvenirs du premier âge.
|