|
Louis Hémon - Maria Chapdelaine
doux et patient, toujours prêt à les prendre su ses genoux et à chanter pour eux les cantiques ou les innombrables chansons naïves d'autrefois qu'il leur apprenait l'une après l'autre, ils l'aimaient d'une affection singulière.
...Tous les palais des rois N'ont rien de comparable Aux beautés que je vois Dans cette étable.
- Encore? C'est correct.
Cette fois la mère Chapdelaine et Tit'Bé chantèrent aussi. Maria ne put s'empêcher d'interrompre quelques instants ses prières pour regarder et écouter; mais les paroles du cantique redoublèrent son zèle et elle reprit bientôt sa tâche avec une foi plu ardente.
«Je vous salue, Marie, pleine de grâce...»
- Et maintenant? Une autre chanson: laquelle?
Sans attendre une réponse il entonna:
Trois gros navires sont arrivés, Chargés d'avoine, chargés de blé. Nous irons sur l'eau nous y prom-promener, Nous irons jouer dans l'île...
- Non, pas celle-là... Claire fontaine? Ah! c'est beau ça! Nous allons tous chanter ensemble.
Il jeta un regard vers Maria; mais voyant le chapelet qui glissait sans fin entre ses doigts il s'abstint de le l'interrompre.
À la claire fontaine M'en allant promener, J'ai trouvé l'eau si belle Que je m'y suis baigné... Il y a longtemps que je t'aime, Jamais je ne t'oublierai...
L'air et les paroles également touchantes; le refrain plein d'une tristesse naïve, il n'y a pas que des coeurs simples que cette chanson-là ait attendris.
...Sur la plus haute branche, Le rossignol chantait. Chante, rossignol, chante, Toi qui as le coeur gai... Il y a longtemps que je t'aime, Jamais je ne t'oublierai...
Les grains du chapelet ne glissaient plus entre les doigts allongés. Maria ne chanta pas avec les autres; mais elle écouta, et la complainte de mélancolique amour parut émouvante et douce à son coeur un peu
|