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Louis Hémon - Maria Chapdelaine
Maria se leva aussi, émue, lissant ses cheveux sans y penser; mais ce fut Éphrem Surprenant, un habitant de Honfleur, qui ouvrit la porte.
- On vient veiller! cria-t-il de toutes ses forces en homme qui annonce une grande nouvelle.
Derrière lui entra un inconnu qui saluait et souriait avec politesse.
- C'est mon neveu Lorenzo, annonça de suite Éphrem Surprenant, un garçon de mon frère Elzéar, qui est mort l'automne passé. Vous ne le connaissez pas; voilà longtemps qu'il a quitté le pays pour vivre aux États.
Lon se hâta d'offrir une chaise au jeune homme qui venait des États et son oncle se mit en devoir d'établir avec certitude sa généalogie des deux côtés et de donner tous les détails nécessaires sur son âge, son métier et sa vie, selon la coutume canadienne.
- Ouais, un garçon de mon frère Elzéar, qui avait marié une petite Bourglouis, de Kiskising. Vous avez dû connaître ça, vous, madame Chapdelaine?
Du fond de sa mémoire la mère Chapdelaine exhuma aussitôt le souvenir de plusieurs Surprenant et d'autant de Bourglouis, et elle en récita la liste avec leurs prénoms, leurs résidences successives et la nomenclature complète de leurs alliances.
- C'est ça... Cest bien ça. Eh bien, celui-ci, c'est Lorenzo. Il travaille aux États depuis plusieurs années dans les manufactures.
Chacun examina de nouveau avec une curiosité simple Lorenzo Surprenant. Il avait une figure grasse aux traits fins, des yeux tranquilles et doux, des mains blanches; la tête un peu de côté, il souriait poliment, sans ironie ni gêne, sous les regards braqués.
- Il est venu, continuait son oncle, pour régler les affaires qui restaient après la mort d'Elzéar et pour essayer de vendre la terre.
- Il n'a pas envie de garder la terre et de se mettre habitant? interrogea le père Chapdelaine.
Lorenzo Surprenant accentua son sourire et secoua la tête.
- Non. Ça ne me tente pas de devenir habitant; pas en tout. Je gagne de bonnes gages là où le suis; je me plais bien; je suis accoutumé à l'ouvrage...
Il s'arrêta là, mais laissa paraître qu'après la vie qu'il avait vécue, et ses voyages, l'existence lui serait intolérable sur une terre entre un village pauvre et les bois.
- Du temps que j'étais fille, dit la mère Chapdelaine, c'était quasiment tout un chacun qui partait pour les États. La culture ne payait pas comme à cette heure, les prix étaient bas, on entendait parler des grosses gages qui se gagnaient là-bas dans les manufactures, et tous les ans c'étaient des familles et des familles qui vendaient leur terre presque pour rien et qui partaient du Canada. Il y en a qui ont gagné gros d'argent, c'est certain, surtout les familles où il y avait beaucoup de filles; mais à cette heure les choses ont changé et on n'en voit plus tant qui s'en vont.
- Alors vous allez vendre la terre?
- Ouais. On en a parlé avec trois Français qui sont arrivés à Mistook le mois dernier; je pense que ça va
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