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Jules Verne - Vingt mille lieues sous les mers, 2

Qu'y a-t-il ? demandai-je, me soulevant à demi.

L'eau nous gagne ! »

Je me redressai. La mer se précipitait comme un torrent dans notre retraite, et, décidément, puisque nous
n'étions pas des mollusques, il fallait se sauver.

En quelques instants, nous fûmes en sûreté sur le sommet de la grotte même.

« Que se passe-t-il donc ? demanda Conseil. Quelque nouveau phénomène ?

Eh non ! mes amis, répondis-je, c'est la marée, ce n'est que la marée qui a failli nous surprendre comme
le héros de Walter Scott ! L'Océan se gonfle au-dehors, et par une loi toute naturelle d'équilibre, le niveau

du lac monte également. Nous en sommes quittes pour un demi-bain. Allons nous changer au

Nautilus. »

Trois quarts d'heure plus tard, nous avions achevé notre promenade circulaire et nous rentrions à bord.
Les hommes de l'équipage achevaient en ce moment d'embarquer les provisions de sodium, et le

Nautilus
aurait pu partir à l'instant.

Cependant, le capitaine Nemo ne donna aucun ordre. Voulait-il attendre la nuit et sortir secrètement par
son passage sous-marin ? Peut-être.

Quoi qu'il en soit, le lendemain, le Nautilus, ayant quitté son port d'attache, naviguait au large de
toute terre, et à quelques mètres au-dessous des flots de l'Atlantique.

XI. LA MER DE SARGASSES

La direction du Nautilus ne s'était pas modifiée. Tout espoir de revenir vers les mers européennes
devait donc être momentanément rejeté. Le capitaine Nemo maintenait le cap vers le sud. Où nous

entraînait-il ? Je n'osais l'imaginer.

Ce jour-là, le Nautilus traversa une singulière portion de l'Océan atlantique. Personne n'ignore
l'existence de ce grand courant d'eau chaude connu sous le nom de Gulf Stream. Après être sorti des

canaux de Floride il se dirige vers le Spitzberg. Mais avant de pénétrer dans le golfe du Mexique, vers le

quarante-quatrième degré de latitude nord, ce courant se divise en deux bras ; le principal se porte vers

les côtes d'Irlande et de Norvège, tandis que le second fléchit vers le sud à la hauteur des Acores ; puis

frappant les rivages africains et décrivant un ovale allongé, il revient vers les Antilles.

Or, ce second bras c'est plutôt un collier qu'un bras entoure de ses anneaux d'eau chaude cette portion de
l'Océan froide, tranquille, immobile, que l'on appelle la mer de Sargasses. Véritable lac en plein

Atlantique, les eaux du grand courant ne mettent pas moins de trois ans à en faire le tour.

La mer de Sargasses, à proprement parler, couvre toute la partie immergée de l'Atlantide. Certains
auteurs ont même admis que ces nombreuses herbes dont elle est semée sont arrachées aux prairies de cet

ancien continent. Il est plus probable, cependant, que ces herbages, algues et fucus, enlevés au rivage de

l'Europe et de l'Amérique, sont entraînés jusqu'à cette zone par le Gulf Stream. Ce fut là une des raisons

qui amenèrent Colomb à supposer l'existence d'un nouveau monde. Lorsque les navires de ce hardi

chercheur arrivèrent à la mer de Sargasses, ils naviguèrent non sans peine au milieu de ces herbes qui

arrêtaient leur marche au grand effroi des équipages, et ils perdirent trois longues semaines à les

traverser.

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