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Jules Verne - Vingt mille lieues sous les mers, 2

Où était le capitaine Nemo ? Avait-il succombé ? Ses compagnons étaient-ils morts avec lui ?

En ce moment, le manomètre indiqua que nous n'étions plus qu'à vingt pieds de la surface. Un simple
champ de glace nous séparait de l'atmosphère. Ne pouvait-on le briser ?

Peut-être ! En tout cas, le Nautilus allait le tenter. Je sentis, en effet, qu'il prenait une position
oblique, abaissant son arrière et relevant son éperon. Une introduction d'eau avait suffi pour rompre son

équilibre. Puis, poussé par sa puissante hélice, il attaqua l'ice-field par en dessous comme un formidable

bélier. Il le crevait peu à peu, se retirait, donnait à toute vitesse contre le champ qui se déchirait, et enfin,

emporté par un élan suprême, il s'élança sur la surface glacée qu'il écrasa de son poids.

Le panneau fut ouvert, on pourrait dire arraché, et l'air pur s'introduisit à flots dans toutes les parties du
Nautilus.

XVII. DU CAP HORN À L'AMAZONE

Comment étais-je sur la plate-forme, je ne saurais le dire. Peut-être le Canadien m'y avait-il transporté.
Mais je respirais, je humais l'air vivifiant de la mer. Mes deux compagnons s'enivraient près de moi de

ces fraîches molécules. Les malheureux. trop longtemps privés de nourriture, ne peuvent se jeter

inconsidérément sur les premiers aliments qu'on leur présente. Nous. au contraire, nous n'avions pas à

nous modérer, nous pouvions aspirer à pleins poumons les atomes de cette atmosphère, et c'était la brise,

la brise elle-même qui nous versait cette voluptueuse ivresse !

« Ah ! faisait Conseil, que c'est bon, l'oxygène ! Que monsieur ne craigne pas de respirer. Il y en a pour
tout le monde. »

Quant à Ned Land, il ne parlait pas, mais il ouvrait des mâchoires à effrayer un requin. Et quelles
puissantes aspirations ! Le Canadien « tirait » comme un poêle en pleine combustion.

Les forces nous revinrent promptement, et, lorsque je regardai autour de moi, je vis que nous étions seuls
sur la plate-forme. Aucun homme de l'équipage. Pas même le capitaine Nemo. Les étranges marins du

Nautilus se contentaient de l'air qui circulait à l'intérieur. Aucun n'était venu se délecter en pleine

atmosphère.

Les premières paroles que je prononçai furent des paroles de remerciements et de gratitude pour mes
deux compagnons. Ned et Conseil avaient prolongé mon existence pendant les dernières heures de cette

longue agonie. Toute ma reconnaissance ne pouvait payer trop un tel dévouement.

« Bon ! monsieur le professeur, me répondit Ned Land, cela ne vaut pas la peine d'en parler ! Quel mérite
avons-nous eu à cela ? Aucun. Ce n'était qu'une question d'arithmétique. Votre existence valait plus que

la nôtre. Donc il fallait la conserver.

Non, Ned, repondis-je, elle ne valait pas plus. Personne n'est supérieur à un homme généreux et bon, et
vous l'êtes !

C'est bien ! c'est bien ! répétait le Canadien embarrassé

Et toi, mon brave Conseil, tu as bien souffert.

Mais pas trop, pour tout dire à monsieur. Il me manquait bien quelques gorgées d'air, mais je crois que je
m'y serais fait. D'ailleurs, je regardais monsieur qui se pâmait et cela ne me donnait pas la moindre envie

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