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Jules Verne - Vingt mille lieues sous les mers, 2

Très intéressant, répondis-je.

Je le crois. C'est le livre de monsieur que lit monsieur !

Mon livre ? »

En effet, je tenais à la main l'ouvrage des Grands Fonds sous-marins. Je ne m'en doutais même
pas. Je fermai le livre et repris ma promenade. Ned et Conseil se levèrent pour se retirer.

« Restez, mes amis, dis-je en les retenant. Restons ensemble jusqu'au moment où nous serons sortis de
cette impasse.

Comme il plaira à monsieur », répondit Conseil.

Quelques heures s'écoulèrent. J'observais souvent les instruments suspendus à la paroi du salon. Le
manomètre indiquait que le Nautilus se maintenait à une profondeur constante de trois cents

mètres, la boussole. qu'il se dirigeait toujours au sud, le loch, qu'il marchait à une vitesse de vingt milles

à l'heure, vitesse excessive dans un espace aussi resserré. Mais le capitaine Nemo savait qu'il ne pouvait

trop se hâter, et qu'alors, les minutes valaient des siècles.

A huit heures vingt-cinq, un second choc eut lieu. A l'arrière, cette fois. Je pâlis. Mes compagnons
s'étaient rapprochés de moi. J'avais saisi la main de Conseil. Nous nous interrogions du regard, et plus

directement que si les mots eussent interprété notre pensée.

En ce moment, le capitaine entra dans le salon. J'allai à lui.

« La route est barrée au sud ? lui demandai-je.

Oui, monsieur. L'iceberg en se retournant a fermé toute issue.

Nous sommes bloqués ?

Oui. »

XVI. FAUTE D'AIR

Ainsi, autour du Nautilus, au-dessus, au-dessous, un impénétrable mur de glace. Nous étions
prisonniers de la banquise ! Le Canadien avait frappé une table de son formidable poing. Conseil se

taisait. Je regardai le capitaine. Sa figure avait repris son impassibilité habituelle. Il s'était croisé les bras.

Il réfléchissait. Le Nautilus ne bougeait plus.

Le capitaine prit alors la parole :

« Messieurs, dit-il d'une voix calme, il y a deux manières de mourir dans les conditions où nous
sommes. »

Cet inexplicable personnage avait l'air d'un professeur de mathématiques qui fait une démonstration à ses
élèves.

« La première, reprit-il, c'est de mourir écrasés. La seconde, c'est de mourir asphyxiés. Je ne parle pas de
la possibilité de mourir de faim, car les approvisionnements du Nautilus dureront certainement

plus que nous. Préoccupons-nous donc des chances d'écrasement ou d'asphyxie.

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