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Jules Verne - Vingt mille lieues sous les mers, 1

avec une telle puissance ? Où cette force presque illimitée prenait-elle son origine ? Etait-ce dans sa
tension excessive obtenue par des bobines d'une nouvelle sorte ? Était-ce dans sa transmission qu'un

système de leviers inconnus pouvait accroître à l'infini ? C'est ce que je ne pouvais comprendre.

« Capitaine Nemo, dis-je, je constate les résultats et je ne cherche pas à les expliquer. J'ai vu le
Nautilus manoeuvrer devant l' Abraham-Lincoln, et je sais à quoi m'en tenir sur sa

vitesse. Mais marcher ne suffit pas. Il faut voir où l'on va ! Il faut pouvoir se diriger à droite, à gauche, en

haut, en bas ! Comment atteignez-vous les grandes profondeurs, où vous trouvez une résistance

croissante qui s'évalue par des centaines d'atmosphères ? Comment remontez-vous à la surface de

l'Océan ? Enfin, comment vous maintenez-vous dans le milieu qui vous convient ? Suis-je indiscret en

vous le demandant ?

Aucunement, monsieur le professeur, me répondit le capitaine, après une légère hésitation. puisque vous
ne devez jamais quitter ce bateau sous-marin. Venez dans le salon. C'est notre véritable cabinet de

travail, et là, vous apprendrez tout ce que vous devez savoir sur le Nautilus ! »

XIII. QUELQUES CHIFFRES

Un instant après, nous étions assis sur un divan du salon, le cigare aux lèvres. Le capitaine mit sous mes
yeux une épure qui donnait les plan, coupe et élévation du Nautilus. Puis il commença sa

description en ces termes :

« Voici. monsieur Aronnax, les diverses dimensions du bateau qui vous porte. C'est un cylindre très
allongé, à bouts coniques. Il affecte sensiblement la forme d'un cigare, forme déjà adoptée à Londres

dans plusieurs constructions du même genre. La longueur de ce cylindre. de tête en tête, est exactement

de soixante-dix mètres, et son bau. à sa plus grande largeur, est de huit mètres. Il n'est donc pas construit

tout à fait au dixième comme vos steamers de grande marche, mais ses lignes sont suffisamment longues

et sa coulée assez prolongée, pour que l'eau déplacée s'échappe aisément et n'oppose aucun obstacle a sa

marche.

« Ces deux dimensions vous permettent d'obtenir par un simple calcul la surface et le volume du
Nautilus. Sa surface comprend mille onze mètres carrés et quarante-cinq centièmes ; son volume,

quinze cents mètres cubes et deux dixièmes - ce qui revient à dire qu'entièrement immergé, il déplace ou

pèse quinze cents mètres cubes ou tonneaux.

« Lorsque j'ai fait les plans de ce navire destiné à une navigation sous-marine, j'ai voulu, qu'en équilibre
dans l'eau il plongeât des neuf dixièmes, et qu'il émergeât d'un dixième seulement. Par conséquent, il ne

devait déplacer dans ces conditions que les neuf dixièmes de son volume, soit treize cent cinquante-six

mètres cubes et quarante-huit centièmes, c'est-à-dire ne peser que ce même nombre de tonneaux. J'ai

donc dû ne pas dépasser ce poids en le construisant suivant les dimensions sus-dites.

« Le Nautilus se compose de deux coques, l'une intérieure, l'autre extérieure, réunies entre elles
par des fers en T qui lui donnent une rigidité extrême. En effet, grâce à cette disposition cellulaire, il

résiste comme un bloc, comme s'il était plein. Son bordé ne peut céder ; il adhère par lui-même et non par

le serrage des rivets, et l'homogénéité de sa construction, due au parfait assemblage des matériaux, lui

permet de défier les mers les plus violentes.

« Ces deux coques sont fabriquées en tôle d'acier dont la densité par rapport à l'eau est de sept, huit
dixièmes. La première n'a pas moins de cinq centimètres d'épaisseur, et pèse trois cent

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