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Jules Verne - Vingt mille lieues sous les mers, 1

mais, pour moi, elles ont un charme de plus, car je les ai toutes recueillies de ma main, et il n'est pas une
mer du globe qui ait échappé à mes recherches.

Je comprends, capitaine, je comprends cette joie de se promener au milieu de telles richesses. Vous êtes
de ceux qui ont fait eux-mêmes leur trésor. Aucun muséum de l'Europe ne possède une semblable

collection des produits de l'Océan. Mais si j'épuise mon admiration pour elle, que me restera-t-il pour le

navire qui les porte ! Je ne veux point pénétrer des secrets qui sont les vôtres ! Cependant, j'avoue que ce

Nautilus, la force motrice qu'il renferme en lui, les appareils qui permettent de le manoeuvrer,

l'agent si puissant qui l'anime, tout cela excite au plus haut point ma curiosité. Je vois suspendus aux

murs de ce salon des instruments dont la destination m'est inconnue. Puis-je savoir ?...

Monsieur Aronnax, me répondit le capitaine Nemo, je vous ai dit que vous seriez libre à mon bord, et par
conséquent, aucune partie du Nautilus ne vous est interdite. Vous pouvez donc le visiter en détail

et je me ferai un plaisir d'être votre cicérone.

Je ne sais comment vous remercier, monsieur, mais je n'abuserai pas de votre complaisance. Je vous
demanderai seulement à quel usage sont destinés ces instruments de physique...

Monsieur le professeur, ces mêmes instruments se trouvent dans ma chambre, et c'est là que j'aurai le
plaisir de vous expliquer leur emploi. Mais auparavant, venez visiter la cabine qui vous est réservée. Il

faut que vous sachiez comment vous serez installé à bord du Nautilus. »

Je suivis le capitaine Nemo, qui, par une des portes percées à chaque pan coupé du salon, me fit rentrer
dans les coursives du navire. Il me conduisit vers l'avant, et là je trouvai, non pas une cabine, mais une

chambre élégante, avec lit, toilette et divers autres meubles.

Je ne pus que remercier mon hôte.

« Votre chambre est contiguë à la mienne, me dit-il, en ouvrant une porte, et la mienne donne sur le salon
que nous venons de quitter. »

J'entrai dans la chambre du capitaine. Elle avait un aspect sévère, presque cénobitique. Une couchette de
fer, une table de travail, quelques meubles de toilette. Le tout éclairé par un demi-jour. Rien de

confortable. Le strict nécessaire, seulement.

Le capitaine Nemo me montra un siège.

« Veuillez vous asseoir », me dit-il.

Je m'assis, et il prit la parole en ces termes :

XII. TOUT PAR L'ÉLECTRICITÉ

« Monsieur, dit le capitaine Nemo, me montrant les instruments suspendus aux parois de sa chambre,
voici les appareils exigés par la navigation du Nautilus. Ici comme dans le salon, je les ai

toujours sous les yeux, et ils m'indiquent ma situation et ma direction exacte au milieu de l'Océan. Les

uns vous sont connus, tels que le thermomètre qui donne la température intérieure du Nautilus ;

le baromètre, qui pèse le poids de l'air et prédit les changements de temps ; l'hygromètre, qui marque le

degré de sécheresse de l'atmosphère ; le storm-glass, dont le mélange, en se décomposant,

annonce l'arrivée des tempêtes ; la boussole, qui dirige ma route ; le sextant, qui par la hauteur du soleil

m'apprend ma latitude ; les chronomètres, qui me permettent de calculer ma longitude ; et enfin des

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