bibliotheq.net - littérature française
 

Jules Verne - Robur le Conquerant

Robur et les siens, après avoir échappé au cyclone du Cap Horn, étaient délivrés de l'ouragan. Ils avaient
été ramenés vers le Pacifique par-dessus toute la région polaire, après avoir franchi sept mille kilomètres

en dix-neuf heures - soit plus d'une lieue à la minute -vitesse presque double de celle que pouvait obtenir

l' Albatros sous l'action de ses propulseurs dans les circonstances ordinaires.

Mais Robur ne savait plus où il se trouvait alors, par suite de cet affolement de l'aiguille aimantée dans le
voisinage du pôle magnétique. Il fallait attendre que le soleil se montrât dans des conditions convenables

pour faire une observation. Malheureusement de gros nuages chargeaient le ciel, ce jour-là, et le soleil ne

parut pas.

Ce fut un désappointement d'autant plus sensible que les deux hélices propulsives avaient subi certaines
avaries pendant la tourmente.

Robur, très contrarié de cet accident, ne put marcher, pendant toute cette journée, qu'à une vitesse
relativement modérée. Lorsqu'il passa au-dessus des antipodes de Paris, il ne le fit qu'à raison de six

lieues à l'heure. Il fallait d'ailleurs prendre garde d'aggraver les avaries. Si ses deux propulseurs eussent

été mis hors d'état de fonctionner, la situation de l'aéronef au-dessus de ces vastes mers du Pacifique

aurait été très compromise. Aussi l'ingénieur se demandait-il s'il ne devrait pas procéder aux réparations

sur place, de manière à assurer la continuation du voyage.

Le lendemain, 27 juillet, vers sept heures du matin, une terre fut signalée dans le nord. On reconnut
bientôt que c'était une île. Mais laquelle de ces milliers dont est semé le Pacifique? Cependant Robur

résolut de s'y arrêter, sans atterrir. Selon lui, la journée suffirait à réparer les avaries, et il pourrait repartir

le soir même.

Le vent avait tout à fait calmi, - circonstance favorable pour la manuvre qu'il s'agissait d'exécuter. Au
moins, puisqu'il resterait stationnaire, l'Albatros ne serait pas emporté on ne savait où.

Un long câble de cent cinquante pieds, avec une ancre au bout, fut envoyé par-dessus le bord. Lorsque
l'aéronef arriva à la lisière de l'île, l'ancre racla les premiers écueils, puis s'engagea solidement entre deux

roches. Le câble se tendit alors sous l'effet des hélices suspensives, et l'Albatros resta immobile,

comme un navire dont on a porté l'ancre au rivage.

C'était la première fois qu'il se rattachait à la terre depuis son départ de Philadelphie.

XV. Dans lequel il se passe des choses qui méritent vraiment la peine d'être racontées.

Lorsque l'Albatros occupait encore une zone élevée, on avait pu reconnaître que cette île était de
médiocre grandeur. Mais quel était le parallèle qui la coupait? Sur quel méridien l'avait-on accostée?

Etait-ce une île du Pacifique, de l'Australasie, de l'océan Indien? On ne le saurait que lorsque Robur

aurait fait son point. Cependant, bien qu'il n'eût pu tenir compte des indications du compas, il avait lieu

de penser qu'il était plutôt sur le Pacifique. Dès que le soleil se montrerait, les circonstances seraient

excellentes pour obtenir une bonne observation.

De cette hauteur - cent cinquante pieds - l'île, qui mesurait environ quinze milles de circonférence, se
dessinait comme une étoile de mer à trois pointes.

A la pointe du sud-est émergeait un îlot, précédé d'un semis de roches. Sur la lisière, aucun relais de
marées, ce qui tendait à confirmer l'opinion de Robur relativement à sa situation, puisque le flux et le

reflux sont presque nuls dans l'océan Pacifique.

< page précédente | 89 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.