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Jules Verne - Robur le Conquerant

C'était l'inexplicable phénomène enfin expliqué aux habitants des Deux Mondes. C'était le calme rendu
aux savants des nombreux observatoires qui fonctionnent à la surface du globe terrestre.

XII. Dans lequel l'ingénieur Robur agit comme s'il voulait concourir pour un des prix
monthyon

A cette étape du voyage de circumnavigation de l'Albatros, il est certainement permis de se poser
les questions suivantes :

Qu'est-ce donc, ce Robur, dont on ne connaît que le nom jusqu'ici? Passe-t-il sa vie dans les airs? Son
aéronef ne se repose-t-il jamais? N'a-t-il pas une retraite en quelque endroit inaccessible, dans laquelle,

s'il n'a pas besoin de se reposer, il va du moins se ravitailler? Il serait étonnant qu'il n'en fût pas ainsi. Les

plus puissants volateurs ont toujours une aire ou un nid quelque part.

Accessoirement, qu'est-ce que l'ingénieur compte faire de ses deux embarrassants prisonniers? Prétend-il
les garder en son pouvoir, les condamner à l'aviation à perpétuité? Ou bien, après les avoir encore

promenés au-dessus de l'Afrique, de l'Amérique du Sud, de l'Australasie, de l'océan Indien, de

l'Atlantique, du Pacifique, pour les convaincre malgré eux, a-t-il l'intention de leur rendre la liberté en

disant:

«Maintenant, messieurs, j'espère que vous vous montrerez moins incrédules à l'endroit du «Plus lourd
que l'air!»

A ces questions, il est encore impossible de répondre. C'est le secret de l'avenir. Peut-être sera-t-il dévoilé
un jour!

En tout cas, ce nid, l'oiseau Robur ne se mît pas en quête de le chercher sur la frontière septentrionale de
l'Afrique. Il se plut à passer la fin de cette journée au-dessus de la régence de Tunis, depuis le cap Bon

jusqu'au cap Carthage, tantôt voletant, tantôt planant au gré de ses caprices. Un peu après, il gagna vers

l'intérieur et enfila l'admirable vallée de la Medjerda, en suivant son cours jaunâtre, perdu entre les

buissons de cactus et de lauriers-roses. Combien, alors, il fit envoler de ces centaines de perruches qui,

perchées sur les fils télégraphiques, semblent attendre les dépêches au passage pour les emporter sous

leurs ailes!

Puis, la nuit venue, l'Albatros se balança au-dessus des frontières de la Kroumirie, et, s'il restait
encore un Kroumir, celui-là ne manqua pas de tomber la face contre terre et d'invoquer Allah à

l'apparition de cet aigle gigantesque.

Le lendemain matin, ce fut Bône et les gracieuses collines de ses environs; ce fut Philippeville,
maintenant un petit Alger, avec ses nouveaux quais en arcades, ses admirables vignobles, dont les ceps

verdoyants hérissent toute cette campagne, qui semble avoir été découpée dans le Bordelais ou les

terroirs de la Bourgogne.

Cette promenade de cinq cents kilomètres, au-dessus de la grande et de la petite Kabylie, se termina vers
midi à la hauteur de la Kasbah d'Alger. Quel spectacle pour les passagers de l'aéronef! la rade ouverte

entre le cap Matifou et la pointe Pescade, ce littoral meublé de palais, de marabouts, de villas, ces vallées

capricieuses, revêtues de leurs manteaux de vignobles, cette Méditerranée, si bleue, sillonnée de

transatlantiques qui ressemblaient à des canots à vapeur! Et ce fut ainsi jusqu'à Oran la pittoresque, dont

les habitants, attardés au milieu des jardins de la citadelle, purent voir l'Albatros se confondre

avec les premières étoiles du soir.

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