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Jules Verne - Robur le Conquerant

célèbre rivière qui lui verse les eaux du lac Erié, en les brisant sur ses cataractes.

Pendant un instant, un bruit majestueux, un grondement de tempête monta jusqu'à lui. Et, comme si
quelque brume humide eût été projetée dans les airs, l'atmosphère se rafraîchit très sensiblement.

Au-dessous, en fer à cheval, se précipitaient des masses liquides. On eût dit une énorme coulée de cristal,
au milieu des mille arcs-en-ciel que produisait la réfraction, en décomposant les rayons solaires. C'était

d'un aspect sublime.

Devant ces chutes, une passerelle, tendue comme un fil, reliait une rive à l'autre. Un peu au-dessous, à
trois milles, était jeté un pont suspendu, sur lequel rampait alors un train qui allait de la rive canadienne à

la rive américaine.

« Les cataractes du Niagara! » s'écria Phil Evans.

Et ce cri lui échappa, tandis que Uncle Prudent faisait tous ses efforts pour ne rien admirer de ces
merveilles.

Une minute après, l'Albatros avait franchi la rivière qui sépare les Etats-Unis de la colonie
canadienne, et il se lançait au-dessus des vastes territoires du Nord-Amérique.

VIII. Ou l'on verra que Robur se décide à répondre à l'importante question qui lui est posée.

C'était dans une des cabines du roufle de l'arrière que Uncle Prudent et Phil Evans avaient trouvé deux
excellentes couchettes, du linge et des habits de rechange en suffisante quantité, des manteaux et des

couvertures de voyage. Un transatlantique ne leur eût point offert plus de confort. S'ils ne dormirent pas

tout d'un somme, c'est qu'ils le voulurent bien, ou du moins que de très réelles inquiétudes les en

empêchèrent. En quelle aventure étaient-ils embarqués? A quelle série d'expériences avaient-ils été

invites inviti, si l'on permet ce rapprochement de mots français et latin? Comment l'affaire se

terminerait-elle, et, au fond, que voulait l'ingénieur Robur? Il y avait là de quoi donner à réfléchir.

Quant au valet Frycollin, il était logé, à l'avant, dans une cabine contiguë à celle du maître coq de
l'Albatros. Ce voisinage ne pouvait lui déplaire. Il aimait à frayer avec les grands de ce inonde.

Mais, s'il finit par s'endormir, ce fut pour rêver de chutes successives, de projections à travers le vide, qui

firent de son sommeil un abominable cauchemar.

Et, cependant, rien ne fut plus calme que cette pérégrination au milieu d'une atmosphère dont les courants
s'étaient apaisés avec le soir. En dehors du bruissement des ailes d'hélices, pas un bruit dans cette zone.

Parfois, un coup de sifflet que lançait quelque locomotive terrestre en courant les rails-roads, ou des

hurlements d'animaux domestiques. Singulier instinct! ces êtres terrestres sentaient la machine volante

passer au-dessus d'eux et jetaient des cris d'épouvante à son passage.

Le lendemain, 14 juin, à cinq heures, Uncle Prudent et Phil Evans se promenaient sur la plate-forme, on
pourrait dire sur le pont de l'aéronef. Rien de changé depuis la veille l'homme de garde à l'avant, le

timonier à l'arrière.

Pourquoi un homme de garde? Y avait-il donc quelque choc à redouter avec un appareil de même sorte?
Non, évidemment. Robur n'avait pas encore trouvé d'imitateurs quant à rencontrer quelque aérostat

planant dans les airs, cette chance était tellement minime qu'il était permis de n'en point tenir compte. En

tout cas, c'eût été tant pis pour l'aérostat - le pot de fer et le pot de terre. L'Albatros n'aurait rien

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