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Jules Verne - Robur le Conquerant

résistante et flexible à la fois. Cette matière, pouvant s'approprier à toutes formes, insoluble dans la
plupart des gaz et des liquides, acides ou essences, - sans parler de ses propriétés isolantes, - avait été

d'un emploi très précieux dans la machinerie électrique de l'Albatros.

L'ingénieur Robur, son contremaître Tom Turner, un mécanicien et ses deux aides, deux timoniers et un
maître coq - en tout huit hommes - tel était le personnel de l'aéronef qui suffisait amplement aux

manuvres exigées par la locomotion aérienne. Des armes de chasse et de guerre, des engins de pêche, des

fanaux électriques, des instruments d'observation, boussoles et sextants pour relever la route,

thermomètre pour l'étude de la température, divers baromètres, les uns pour évaluer la cote des hauteurs

atteintes, les autres pour indiquer les variations de la pression atmosphérique, un storm-glass pour la

prévision des tempêtes, une petite bibliothèque, une petite imprimerie portative, une pièce d'artillerie

montée sur pivot au centre de la plate-forme, se chargeant par la culasse et lançant un projectile de six

centimètres, un approvisionnement de poudre, balles, cartouches de dynamite, une cuisine chauffée par

les courants des accumulateurs, un stock de conserves, viandes et légumes, rangées dans une cambuse ad

hoc avec quelques fûts de brandy, de whisky et de gin, enfin de quoi aller bien des mois sans être obligé

d'atterrir, - tels étaient le matériel et les provisions de l'aéronef, sans compter la fameuse trompette.

En outre, il y avait à bord une légère embarcation en caoutchouc, insubmersible, qui pouvait porter huit
hommes à la surface d'un fleuve, d'un lac ou d'une mer calme.

Mais Robur avait-il au moins installé des parachutes en cas d'accident? Non Il ne croyait pas aux
accidents de ce genre. Les axes des hélices étaient indépendants. L'arrêt des uns n'enrayait pas la marche

des autres. Le fonctionnement de la moitié du jeu suffisait à maintenir l'Albatros dans son élément

naturel.

« Et, avec lui, ainsi que Robur-le-Conquérant eut bientôt l'occasion de le dire à ses nouveaux hôtes -hôtes
malgré eux - avec lui, je suis maître de cette septième partie du monde, plus grande que l'Australie,

l'Océanie, l'Asie, l'Amérique et l'Europe, cette Icarie aérienne que des milliers d'Icariens peupleront un

jour! »

VII. Dans lequel Uncle Prudent et Phil Evans refusent encore de se laisser convaincre.

Le président du Weldon-Institute était stupéfait, son compagnon abasourdi. Mais ni l'un ni l'autre ne
voulurent rien laisser paraître de cet ahurissement si naturel.

Le valet Frycollin, lui, ne dissimulait pas son épouvante à se sentir emporté dans l'espace à bord d'une
pareille machine, et il ne cherchait point à s'en cacher.

Pendant ce temps, les hélices suspensives tournaient rapidement au-dessus de leurs têtes. Si considérable
que fût alors cette vitesse de rotation, elle eût pu être triplée pour le cas où l'Albatros aurait voulu

atteindre de plus hautes zones.

Quant aux deux propulseurs, lancés à une allure assez modérée, ils n'imprimaient à l'appareil qu'un
déplacement de vingt kilomètres à l'heure.

En se penchant en dehors de la plate-forme, les passagers de l'Albatros purent apercevoir un long et
sinueux ruban liquide qui serpentait, comme un simple ruisseau, à travers un pays accidenté, au milieu de

l'étincellement de quelques lagons obliquement frappés des rayons du soleil. Ce ruisseau, c'était un

fleuve, et l'un des plus importants de ce territoire. Sur la rive gauche se dessinait une chaîne montagneuse

dont la prolongation allait à perte de vue.

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