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Jules Verne - Robur le Conquerant

Voilà le récit compendieux de ce qui s'était passé depuis l'évasion des fugitifs et leur départ de l'île
Chatam. Voilà comment, le soir même, le président et le secrétaire purent prendre place au bureau du

Weldon-Institute, au milieu d'une affluence extraordinaire.

Cependant, jamais ni l'un ni l'autre n'avaient été aussi calmes. Il ne semblait pas, à les voir, que rien
d'anormal fût arrivé depuis la mémorable séance du 12 juin. Trois mois et demi qui ne paraissaient pas

compter dans leur existence!

Après les premières salves de hurrahs que tous deux reçurent sans que leur visage reflétât la moindre
émotion, Uncle Prudent se couvrit et prit la parole. -

Honorables citoyens, dit-il, la séance est ouverte.

Applaudissements frénétiques et bien légitimes! Car, s'il n'était pas extraordinaire que cette séance fût
ouverte, il l'était du moins qu'elle le fût par Uncle Prudent, assisté de Phil Evans.

Le président laissa l'enthousiasme s'épuiser en clameurs et en battements de mains. Puis il reprit :

« A notre dernière séance, messieurs, la discussion avait été fort vive (Ecoutez, écoutez) entre les
partisans de l'hélice avant et de l'hélice arrière pour notre ballon Go a headl (Marques de

surprise).
Or, nous avons trouvé moyen de ramener l'accord entre les avantistes et les arriéristes, et
ce moyen, le voici c'est de mettre deux hélices, une à chaque bout de la nacelle! » (Silence de

complète stupefaction.)

Et ce fut tout.

Oui, tout! De l'enlèvement du président et du secrétaire du Weldon-Institute, pas un mot! Pas un mot de
l'Albatros ni de l'ingénieur Robur! Pas un mot du voyage! Pas un mot de la façon dont les

prisonniers avaient pu s'échapper! Pas un mot enfin de ce qu'était devenu l'aéronef, s'il courait encore à

travers l'espace, si l'on pouvait craindre de nouvelles représailles contre les membres du club!

Certes, l'envie ne manquait pas à tous ces ballonistes d'interroger Uncle Prudent et Phil Evans; mais on
les vit si sérieux, si boutonnés, qu'il parut convenable de respecter leur attitude. Quand ils jugeraient à

propos de parler, ils parleraient, et l'on serait trop honoré de les entendre.

Après tout, il y avait peut-être dans ce mystère quelque secret qui ne pouvait encore être divulgué.

Et alors Uncle Prudent, reprenant la parole au milieu d'un silence jusqu'alors inconnu dans les séances du
Weldon-Institute

« Messieurs, dit-il, il ne reste plus maintenant qu'à terminer l'aérostat le Go a head auquel il
appartient de faire la conquête de l'air. - La séance est levée. »

XVIII. Qui termine cette véridique histoire de l'Albatros sans la terminer.

Le 29 avril de l'année suivante, sept mois après le retour si imprévu de Uncle Prudent et de Phil Evans,
Philadelphie était tout en mouvement. Rien de politique pour cette fois. Il ne s'agissait ni d'élections ni de

meetings. L'aérostat le Go a head, achevé par les soins du Weldon-Institute, allait enfin prendre

possession de son élément naturel.

Pour aéronaute, le célèbre Harry W. Tinder, dont le nom a été prononcé au commencement de ce récit, -
plus un aide-aérostier.

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